Cie théâtrale N.A.J.E.
16 rue des Coquelicots
92160 ANTONY
Tél. : 06 82 03 60 83
Contact : Fabienne BRUGEL
fabienne.brugel@orange.fr


"La Culture, c'est ce qui fait lien entre les hommes;
Le Politique, c'est le contrat qui les lie."
Rapport d'activités 2006


Mondes Parallèles ou les alternatives (nov 2005 à Mai 2006)

1/ RAPPEL DES OBJECTIFS DE L'ACTION

Créer avec des habitants vivant pour la plupart dans la précarité, un spectacle de théâtre-forum sur la question des alternatives à l'œuvre dans notre société.

En ce qui concerne les objectifs pour la collectivité ; Confronter nos modes de vie individuels et collectifs avec d'autres modes de vie et d'organisation alternatifs pour travailler sur ce que les uns et les autres produisent en terme de société et en terme d'autonomie des personnes et des groupes. Notre travail sera centré autour de cette question : comment voulons nous faire société ensemble ? Cette première question nous amènera à une deuxième problématique centrée autour des rapports entre la transformation personnelle et la transformation collective.

En ce qui concerne les objectifs pour les participants : NAJE sollicite un soutient financier pour mener à bien cette opération dédiée au renforcement de la cohésion sociale et à la lutte contre l'exclusion. L'objectif principal de ce projet, mené avec quarante à cinquante personnes confrontées à de réels problèmes d'insertion sociale et professionnelle les reléguant en marge de notre société, est de chercher ensemble comment elles peuvent s'inscrire de manière autonome comme acteur de leur propre vie mais aussi de notre société par leur activité en son sein (de victime à acteur) Chaque participant pourra accéder aux finalités suivantes : Mettre en oeuvre une dynamique personnelle pour la valorisation de ses capacités à penser, créer et agir afin d'envisager son devenir. Accéder à la mobilité (se déplacer sur le territoire, mais aussi se déplacer dans la vision que l'on a de soi, de ses possibilités, de sa place et de son rôle). Participer à une aventure collective forte axée sur le sens fondamental de nos vies.Apprendre à fonctionner dans une équipe basée sur la coopération mutuelle. Retrouver un rythme et des conditions de vie sociale afin d'être apte à construire son avenir professionnel et s'orienter vers l'emploi. Se restaurer comme citoyen à part entière capable de participer avec les autres à la construction quotidienne de notre société, et de donner à la collectivité une analyse pertinente sur ce qu'elle est et sur ce qu'elle pourrait être.

2/ COMPTE RENDU DU DEROULEMENT DE L'ACTION :

1ère phase en septembre et octobre 2005 : constitution du groupe de participants et organisation de l'action.

Elle a été réalisée par la compagnie NAJE avec l'appui de structures telles que les résidences sociales du Pact Arim 93, le théâtre du potimarron de Strasbourg, le CCAS d'Angers, le théâtre de Chelles, le Kaléïdoscope. Une dizaine d'autres structures ont été contactées qui n'ont finalement pu mobiliser personne.

2ème phase de novembre à février 2006 : la formation

Soit 8 journées pleines (4 week-end) pendant lesquelles les participants ont reçu des intervenants :
-  des philosophes ( Paul Blanquart, Patrick Viveret, Miguel Benasayag),
-  des porteurs de projets alternatifs (Scop Berriat Batiment, Communauté Longo MaiI, Café Ecume du jour, Scop Andines, le mouvement des AMAP, la Ferme du Bonheur de Nanterre, une expérience de tables de coopération, une expérience de développement de coopérative en Afrique, Solidarités Nouvelles fac au Chômage).

La formation est un temps difficile pour certains (parce qu'elle rappelle l'école où l'on a échoué, ou parce que l'on a du mal a rester longtemps concentré, ou parce que c'est difficile de comprendre ce que dit l'intervenant lorsque il décrit ou analyse une réalité complexe qui se déroule dans un terrain inconnu, ou parce que l'on ne fait pas facilement les ponts avec sa propre réalité...etc...).

Elle est cependant un temps nécessaire, permettant au groupe de prendre de la hauteur, de percevoir les différentes facettes et enjeux du sujet mis en travail et permet aux personnes de se revaloriser (il est philosophe et j'arrive à comprendre ce qu'il dit) et d'être en contact avec des porteurs de projet qui peuvent s'avérer des "modèles" (c'est une personne comme moi et elle a trouvé sa manière d'être au monde et d'y être active alors je peux moi aussi sortir de l'impuissance).

Nous avons pris garde à ce que tous puissent suivre cette formation jusqu'au bout : d'une part en prenant le temps de rappeler sans cesse pourquoi nous avions demandé à tel ou tel intervenant de venir et en quoi son discours ou son récit concernait notre objet, d'autre part en vérifiant en permanence auprès de tous que tout avait été compris, d'autre part en poussant chaque participant à dire tout de suite quand il ne comprenait pas ou à dire à quoi cela lui fait penser... Par ailleurs, des comptes rendus détaillés des interventions ont été réalisés d'une rencontre à l'autre et données à chaque participant. Et enfin, en proposant chaque week-end des improvisations issues des contenus apportés par les intervenants de manière à ce qu'ils soient repris, requestionnés... et finalement intégrés.

3ème phase l'élaboration du contenu du spectacle

Soit 8 journées pleines (4 week-ends) pendant lesquelles les participants :

-  ont partagé avec le groupe leurs propres expériences personnelles à travers des récits de moments de vie en lien avec notre recherche et ont fait des liens entre ces histoires et les apports de la formation préalable.

-  ont créé en groupe de nouvelles improvisations théâtrales à partir de chaque apport des intervenants et de chaque récit de participants.

-  ont élaboré ainsi une réflexion commune les amenant à être en capacité de décider du contenu du spectacle final.

4ème phase : l'écriture du spectacle :

Soit 8 journées pleines (4 week-ends)

L'écriture du spectacle s'est faite dans un processus d'aller et retour entre ceux qui tiennent la plume (les deux directeurs artistiques de l'opération) et le groupe qui en a maîtrisé le sens jusqu'au bout. .

A partir de tout le matériel recueilli les semaines précédentes (toutes les improvisations faites ont été soit prises en note, soit enregisrées) et des choix du groupe en ce qui concerne le contenu, les deux responsables artistiques de la compagnie ont écrit une première ébauche du spectacle. Cette première ébauche a été revue par le groupe qui l'a critiquée, a fait des propositions de transformation, a passé à l'essai de la mise en jeu chaque séquence proposée... Au fil du travail, des parties ont été revues et transformées, d'autres seulement corrigées, d'autres enfin abandonnées . C'est ainsi que l'écriture du spectacle s'est faite tout au long de l'action, avec le groupe.

5ème phase : la mise en scène et les répétitions : Soit 10 journées pleines.

Lorsque nous sommes arrivés au texte définitif, il reste la mise en scène, les répétitons et la création de la partition musicale (la création lumière a été assurée par un professionnel qui n'a participé à l'opération que les derniers jours).

La mise en scène est faite par les deux directeurs artistiques assistés des comédiens professionnels de la compagnie.

L'accompagnement sonore du spectacle est réalisé par une musicienne avec les participants ; Il s'agit là aussi d'un processus de création collective. La grande majorité de la musique du spectacle a été jouée et chantée par les participants eux-mêmes.

Chaque participant s'est vu confier plusieurs postes de jeu (plusieurs rôles). Le spectacle était conçu comme un spectacle chorale (pas vraiment de premiers rôles mais des rôles pour tous de manière à :
-  renforcer la notion de collectif dans le groupe mais aussi dans le spectacle produit,
-  faire la preuve que chacun peut avoir une place particulière dans un groupe et que c'est cela qui crée la richesse du groupe et de sa production. Ainsi, chaque personne a assumé au moins un moment de jeu où c'est elle qui est au devant de scène et protagoniste principal de ce qui est en train de se jouer.

Le travail de répétition fut un travail éprouvant mais riche et valorisant pour tous : notre objectif était d'atteindre à une homogénéïté de jeu de tous les acteurs du spectacle. Cet objectif étant partagé par tous, chacun s'est mis au travail en comprenant que la qualité de son travail dépendrait de son implication, de sa capacité à demander de l'aide aux comédiens professionnels là pour les accompagner, dans sa capacité à entendre et comprendre les consignes de jeu, dans sa capacité à aller chercher en soi de nouvelles choses, dans sa capacité à co-construire avec les autres... dans sa capacité aussi à la bienveillance envers les autres, au partage, à l'entraide...

Il s'avère que l'ensemble des participants ont fourni un travail et une implication remarquable, étant là même malades, sollicitant les comédiens pour retravailler en permanence leurs scènes, s'appliquant au travail vocal et rythmique...

6ème phase : le spectacle de Théâtre-forum

Il a été donné le 27 mai 2006 à la MJC-Théâtre de Colombes (92) avec 500 spectateurs très enthousiastes.

Son contenu a été élaboré à partir de la question de la transformation collective et de la transformation individuelle.

En introduction, des mini séquences relatant des relations sociales conviviales entre les gens, et entre les usagers et les administrations. Puis l'arrivée des "hommes en gris", deux personnages hors du réalisme mis pour nos mauvaises consciences, nos tentation de pouvoir, nos peurs ... et le discours dominant prônant la réussite individuelle...En leur présence et sous leur action, les relations passent de conviviales à concurrentes et notre société s'abîme (rejet et peur des chômeurs, des quartiers et des émigrés, attente de l'homme providentiel, concurrence entre les gens, repli dans la solitude., l'alcool, la drogue...) Puis une scène présentant ce qu'est la vie en communauté à Longo Mai : comment vivre dans un système où il n'y a pas de propriété privée, pas d'argent personnel, pas de dirigeant...

Puis 4 séquences qui sont mises au débat théâtralisé avec les spectateurs :
-  Les services d'échanges locaux qui instituent un système d'échange de services et de biens en dehors de l'argent.
-  Les AMAP qui permettent d'une part de soutenir l'agriculture locale et d'autre part d'instaurer entre les consommateurs et les producteurs une autre relation et enfin de transformer notre rapport à la consommation.
-  Le projet DECLIQ : un projet qui n'a pas abouti de mettre en place au sein de l'Education Nationale une école différente dans laquelle les parent s aient leur place et utilisant la pédagogie Freinet.
-  Une histoire de compagnie théâtrale faisant du théâtre avec des habitants et pour autant traversée par ses propres conflits internes (questions de reconnaissance individuelle, questions de pouvoir...)

Une fin en forme de liste de plus d'une quinzaine d'alternatives ayant réussi à travers le monde pour cesser de croire que les alternatives sont mineures et que nous sommes impuissants à transformer le monde dans lequel nous vivons.

LA VIE DU GROUPE :

-  Toutes le fins de week-ends, un bilan collectif a été fait par le groupe tant sur ce qui concernai le contenu du travail que sur ce qui concernai le fonctionnement du groupe.

-  En milieu et en fin d'opération, des bilans plus individualisés ont été faits par les participants sur ce qui concerne le sens de leur présence, ce qu'ils ont gagné à faire partie de l'action et ce qui rend leur participation difficile.

Tous les week-ends ont débuté par une réunion du groupe permettant à chacun de dire ce qu'il ou elle avait vécu depuis la dernière rencontre et permettant de se mettre d'accord sur le programme de travail des deux jours.

-  Chaque fois qu'il en est besoin, des réunions de régulation ont été mises en place (lorsque le groupe a du faire face a des vols en son sein, lorsque des violences verbales ont été échangées entre deux membres.. ;etc..

-  Entre les séances collectives de travail, les bénévoles et les comédiens de NAJE ont chacun gardé le contact avec quelques participants de manière à refaire le point de manière individuelle, à prendre en compte les difficultés personnelles éventuelles...

-Il est à noter également que les participants qui venaient d'autres villes ainsi que les participants habitant en lointaine banlieue ou vivant dans la rue ont été hébergés chaque période de travail chez les comédiens de la compagnie. Cela a permis de pallier au retards mais surtout à créer une relation engagée et proche entre NAJE et les participants.

LES LIEUX DE L'ACTION :

La formation et la création ont eu lieu dans l'espace mis à la disposition par l'association " Le Kaléïdoscope " située dans le XIX ème à Paris qui accueille et aide à la réinsertion des anciens toxicomanes.

Le spectacle ainsi que les 5 derniers jours de répétition ont eu lieu à la MJC Théâtre de Colombes (92)

LES PARTICIPANTS :

53 personnes au total

Dont 40 personnes en situation précaire (dont 35 de manière régulière et continue et 18 de manière plus discontinue ou sur une période plus courte).

A l'issue des 8 premiers jours de formation, 36 personnes se sont portées volontaires pour participer à la création du spectacle. 30 d'entre elles seulement sont arrivées au bout (3 jeunes SDF ont trouvé du travail, Un e femme s'est réorientée vers la recherche d'emploi avec l'association Solidarités Nouvelles contre le chômage), un jeune sdf est parti en cure de désintoxication, une femme africaine a été malade et hospitalisée).

LES SPECTATEURS :

500 personnes de tous milieux et de tous ages.

Les spectateurs étaient pour plus de la moitié issus du monde populaire (les familles et amis de ceux qui jouaient, les groupes amenés par des partenaires sociaux de la compagnie NAJE tels que les résidences sociales du Pact Arim du 93, les échanges de savoirs de Beauvais, le Théâtre du Potimarron de Strasbourg, le théâtre de l'opprimé d'Octeville, le centre social de Villiers le Bel, l'association de prévention Grajar d'Aulnay sous Bois...etc...

LES FINANCEURS :

L'opération a été découpée en deux parties distinctes : la première comprenant la formation initiale et l'écriture, la deuxième comprenant les répétitions et le spectacle.

La Formation et l'écriture ont été financés par le FSE mesure 10B Les répétitions et le spectacle ont été financés par la Région Ile de France, le Ministère de la Culture, La DGAS (Ministère de la Solidarité) et la DIV.




Réagir à cet article