A propos de "Les Invisibles" le 1er juin 2007 au Théâtre de Chelles
J'ai adoré dans le spectacle le dévoilement idéologique : la police qui protège le capital et qui menotte l'étranger ; cette image récurente de l'accroissemnt des richesses stockées pendant que le peuple se précarise ; le parti pris théâtral sans mot par la seule force des images qui court et enveloppe le spectacle , c'est fort. Je vous embrasse très fort. Jacqueline martin du Théâtre du Potimarron à Strasbourg
Cette soirée nous a vraiment plu, et confirme ce que nous avions perçu de ce projet à travers l'article paru dans "paroles de sans voix". Outre la qualité du travail, ce qui nous a touchés, c'est cette manière de ne pas "séparer les courages", c'est à dire de réunir dans une même espérance de changement, des personnes qui vivent des situations d'injustice différentes. Nous sommes sensibles à cela au moment où nous préparons l'événement qui marquera la Journée Mondiale du refus del a misère, le 17 octobre prochain à Paris. Au coeur de cette journée, c'est sûr, il y a les persones, les familles qui, parfois depuis des générations semblent ne compter pour personne, ces gens qui nous disent, partout où on les rencontre "c'est comme si on n'existait pas". Mais, au fond, ces gens ne sont pas coupés de tous ceux et celles "qui tirent le diable par la queue", de ceux à qui on refuse le droit d'habieter certaines parties de la terre parce qu'ils en seraient étrangers... Pourtant, souvent on veut les opposer. Jean Venard, volontaire à ATD Quart Monde
Le spectacle est très fort. Riche en vraie émotion. Très violent aussi, d'autant plus violent qu'il n'y a pas d'exagération, ou de caricature, c'est la réalité qui est violente. Le « prologue » qui met en scène la façon dont se fabrique un tel spectacle, avec les petits groupes, les histoires de chacun qui se racontent, nous introduit d'emblée dans la compréhension qu'il s'agit bien des histoires de ceux qui sont sur scène. Cela d'une part nous ôte l'échappatoire qui serait de penser que ce n'est que du théâtre, et d'autre part cela donne une qualité d'écoute, d'attention, de regard, pour le spectateur, parce qu'on sait que le « drame » qui se joue devant nous, quelqu'un qui est là, sur cette scène ou en coulisse l'a vécu ou le vit. Et du coup cela donne une gravité, un respect. En fait la force ici c'est la continuité entre la scène et la réalité, qui nous implique en tant que spectateur. Continuité renforcée par l'interpellation faite par Fabienne Brugel à la fin d'une scène en faveur d'une personne dont le mari a été expulsé du territoire. La force aussi d'un tel travail, c'est la capacité de la compagnie à faire travailler tous ces gens ensemble, dont des personnes que la vie a esquinté, et à produire une telle qualité. C'est un véritable travail « social » au sens le plus noble du terme, d'autant plus efficace qu'il ne se revendique pas comme tel, et que les gens les plus démunis ne ressentent aucune condescendance. Ils travaillent avec d'autres, ils partagent leur histoire de vie, ils en font quelque chose, ils contribuent à « changer le monde ». Ils ont une « utilité sociale » pour parler le langage des technocrates du social (comme si des gens pouvaient être inutiles !). En tout cas certainement que ce travail a des effets sur des personnes, mais sans jamais qu'il ait fallu auparavant passer par de la stigmatisation ou de la catégorisation péjorative. Or cela se fait dans tellement de dispositifs, où pour « prendre en charge » des personnes, on commence par désigner toutes leurs failles, leurs échecs, et leur coller des objectifs du type « restaurer l'image de soi » « savoir s'intégrer dans un projet de groupe ». Ici tout cela a certainement lieu, et est réussi parce que ce n'est justement pas ça qui est visé. Cela parait simple, mais c'est à mon avis très rare, et c'est bien plus qu'une question de compétences, il y a une question d'éthique du rapport à l'autre, une conception du monde et des gens, qui expliquent cela. Et je ne dis même pas « sincérité » car bien des intervenants de dispositifs sociaux sont sincères, mais pour autant très discriminants, avec les meilleures intentions du monde. C'est pour cela que ce projet est rare. Laurent Sochard, psychsociologue
Continuez vos spectacles ! Et sollicitez vos financeurs pour vous équiper de quelques micros VHF… Le niveau sonore est limite en fond de salle. sachez que j'apprécie votre travail, qu'il correspond à la conception que j'ai du spectacle vivant : engagé, interactif. « L'art doit être fait par tous, et pour tous » ( Isidore Ducasse, alias Comte de Lautréamont ) Vous cooptez les « vrais gens » dans votre troupe aux côtés d'acteurs amateurs et professionnels.Le fait d'assister aux performances de personnes qui dépassent le stade de figurants pour accéder au jeu, leur confère un statut d'avatar du public auprès du public. Le spectateur s'identifie immédiatement aux personnages, annihilant ainsi la distance induite par le statut habituel réservé aux comédiens, aux artistes. Alors le théâtre dépasse la configuration normée, estampillée spectacle et représentation formels. La scène devient le prolongement naturel de la salle, levant la frontière artificielle des feux de la rampe (des faux de la rampe) Le spectateur s'implique malgré lui dans les situations, il est in vivo dans le spectacle malgré l'attirail de représentations et de défenses dont il est bardé. Lire et relire « Le théâtre et son double » d'A. Artaud… Comme vous faites « monter » les spectateurs sur la scène, faites « descendre » les acteurs dans la salle et la boucle sera bouclée.
« Chacun des spectacles de Fabienne Brugel est une pierre ajoutée à la construction du rempart contre la pensée unique » A. Malraux « Je lui ai proposé le Ministère de la Culture, j'attends sa réponse. » N. Sarkozy « Grâce à Mme Brugel se perpétue le mythe du Deus ex machina dans sa vision la plus post-moderne » Eschyle « Quand j'entends le mot NAJE, je sors mon (re)Volver » Collectif Hans Johst / Pedro Almodovar « Moi vivant, Fabienne Brugel eut été brûlée à Rouen. » Jean Lecanuet Etc. etc. Très cordialement, Moniseur Simonnet
Cela fait plusieurs années que j'assiste aux spectacles de NAJE au théâtre de Chelles. J'ai trouvé que, cette année, c'était beaucoup plus dur que d'habitude. J'ai pleuré plusieurs fois, mon voisin aussi. J'en suis sortie vraiment remuée et un peu désespérée (mais c'est ma nature, la désespérance). Suzanne Rosenberg, Chargée de mission
merci à tous de ce moment partagé. on perçoit le travail que cela représente en amont et les effets enrichissants pour chacun des membres du groupe. une démarche très intéressante, inédite et populaire au sens riche du terme. pour le forum, c'est difficile de donner une place à tous les volontaires. Et pourtant donner la parole dans la salle a des limites (ce qui est dit dans la salle n'est pas entendu de tous, concerne le discours et empèche "la mise en jeu" qui permet interaction enrichissante avec les acteurs.) - piège à éviter me semble t-il, même si pas si simple ! pour le forum encore, comment essayer de dépasser les discours et d'envisager aussi des interventions plus actives ? une scène sans parole (ou presque) par exemple bousterait elle l'imagination des spectateurs ? on sent parmi les comédiens les habitués du forum qui font avancer le débat, au risque de prendre beaucoup de place au détriment d'un plus grand nombre de volontaires dans la salle...Bonne continuation ! Chantal Capon, travailleur social.