« les invisibles » La grande création de l'année avec 34 amateurs et 10 comédiens joué pour 750 spectateurs le 1er juin au Théâtre de Chelles
« Changer de Lunettes » Une nouvelle création montée avec 10 comédiens de NAJE grâce au financement du FASILD sur la question de nos représentations des étrangers. Joué le 23 mars à Alfortville.
« Travailler à France Telecom » Une nouvelle création de la compagnie faite à la demande du Comité d'Entreprise de France Telecom Ile de France et joué en deux représentations en Ile de France pour 700 spectateurs dont les 2/3 salariés de France Telecom.
« les invisibles »
La grande création de l'année avec 34 amateurs et 10 comédiens joué pour 750 spectateurs le 1er juin au Théâtre de Chelles Vous trouverez un cr plus détaillé que celui ci-dessous dans "les invisibles" sur le site
1/ RAPPEL DES OBJECTIFS DE L'ACTION
Il s'agissait de créer avec 30 à 40 participants (issus de l'Ile de France, de Strasbourg, d'Angers, de Marseille, de Brest, de Poitiers et de la région Lyonnaise et dont les 2/3 vivent de graves difficultés d'insertion sociale et professionnelle) un spectacle de théâtre-forum sur les questions croisées de la précarité et de l'utopie (comment la précarité empêche ou permet de rêver un monde de solidarité, de justice, de citoyenneté et d'humanité, d'agir pour l'inventer au quotidien ; Comment les personnes en précarité et pauvreté seraient elles susceptible justement du fait de leur place dans notre société, de la questionner dans le fond et de lui proposer des pistes pour sa transformation).
Penser l'avenir de la société à laquelle nous participons, agir pour la faire évoluer, apprendre et inventer et transmettre ce qu'on a appris et inventé, confronter nos idées et nos propositions concrètes à celles des autres (ceux qui viennent d'autres milieux sociaux, d'autres cultures, d'autres régions du monde, ceux qui ont d'autres passés et d'autres expériences, ceux qui ne sont pas de la même génération) : voilà le rôle de citoyen à part entière que nous avons proposé d'expérimenter aux habitants qui ont mené cette action avec nous et aux spectateurs qui sont venus participer à la séance publique de théâtre-forum qui a clos l'action.
2/ LES PARTCIPANTS :
43 personnes en tout dont 34 ont participé à l'action jusqu'au bout :
Les 34 personnes ont suivit l'action jusqu'au bout :
Leurs ages : De 16 ans à 68 ans, la grande majorité se situant entre 30 et 50 ans.
Leurs origines ethniques : 4 personnes émigrées d'Afrique, 1 personne émigrée des pays de l'Est, 1 personne émigrée de Grèce, 28 personnes nées en France.
Leurs lieux d'habitation : 7 viennent de Strasbourg, 1 de Marseille, 1 de Lyon, 1 d'Angers, 2 de Brest, 1 de Normandie, 20 de l'Ile de France.
Leurs situations sociales : 8 personnes peuvent être dites sans difficultés vis à vis de l'insertion sociale et professionnelle et 26 peuvent être dites avec de réelles difficultés d'insertion sociale et professionnelles (Chômage et minimas sociaux, handicaps physiques ou psychiatriques, surendettement, sans domicile, sans papiers)
10 Participants ont participé seulement à une partie du travail (7 personnes dites intégrées , 1 personne en insertion et 2 personnes dans la très grande précarité)
3/ LE PUBLIC DU SPECTACLE
750 spectateurs dont plus de la moitié issus de milieux populaires.
Notre public se décompose comme suit
270 d'entre eux sont venus dans le cadre d'un déplacement organisé par un de nos partenaires et sont pour leur grande majorité en réelle difficulté d'insertion sociale et professionnelle. Ils sont venus de l'Ile de France mais aussi de Strasbourg, de Reims, de Caen et de Brest. Soit : 40 personnes avec ATD Quart Monde de Reims 25 personnes avec la ville de Brest 35 personnes avec le Théâtre du Potimarron de Strasbourg 7 personnes avec les Résidences Sociales du Pact Arim 93 45 personnes avec l'association « Voix de Femmes » de Caen 20 spectateurs avec le MRAP de Pierrefitte 9 spectateurs avec un Foyer de Jeunes travailleurs de l'Ile de France 15 personnes avec l'association Léa de Montreuil Un éducateur a amené 8 spectateurs de l'Ile de France 15 personnes avec Agnès Gavard du 115 15 personnes avec la Croix Rouge Ile de France 36 personnes avec le CADA de Chelles
160 d'entre eux sont venus sur invitation personnelle de l'un ou l'autre des participants et sont pour 110 issus de milieux populaires.
30 d'entre eux ont été invités par le Théâtre de Chelles et sont des habitués du théâtre.
290 d'entre eux ont été invités individuellement via le fichier de la compagnie NAJE. ils sont d'origines sociales de type classes moyennes et sont, dans leur majorité, salariés d'institutions, de collectivités territoriales ou d'associations. Nous avons aussi eu parmi eux une sénatrice et quelques conseillers municipaux.
4/ LES PARTENAIRES :
Les partenaires de la constitution du groupe de participants :
Le Kaléïdoscope, lieu d'aide aux personnes toxicomanes et aux personnes dans la très grande précarité.
Le Théâtre de Chelles qui mène un atelier avec NAJE
Les Résidences Sociales du Pact Arim 93
Le Théâtre du Potimarron de Strasbourg.
La Ville d'Aubagne
La Ville de Brest
Les partenaires mettant à disposition des lieux de travail :
Le Kaléïdoscope dans lequel nous avons mené le travail jusqu'à fin avril.
Le Théâtre de Chelles dans lequel nous avons mené les dernières répétitons et joué le spectacle.
Les partenaires de la constitution du public du spectacle final :
ATD Quart Monde de Reims a amené 40 spectateurs
La ville de Brest a amené 25 spectateurs
Le Théâtre du Potimarron de Strasbourg a amené 35 spectateurs
Les Résidences Sociales du Pact Arim 93 ont amené 7 spectateurs
L'association « Voix de Femmes » de Caen a amené 45 spectateurs
Le MRAP de Pierrefitte a amené 20 spectateurs
Un Foyer de Jeunes travailleurs a amené 9 spectateurs
L'association Léa a amené 15 spectateurs
Un éducateur a amené 8 spectateurs
Agnès Gavard du 115 a amené 15 spectateurs
La Croix Rouge a amené 15 spectateurs
Le CADA de Chelles a amené 36 spectateurs
Les 480 autres spectateurs ont été invités par NAJE, par le Théâtre de Chelles et par les participants de l'action.
Les partenaires venus comme formateurs durant les 4 premiers week-ends :
Miguel Benasayag, Philosophe
Marc Hatzfeld, sociologue ayant travaillé sur la question des SDF
Evelyne Perrin, sociologue participante de Stop-Précarité
Françoise Ferrand d'ATD Quart Monde menant l'expérience ATD-Partenaires
Pédro Meca, prêtre et fondateur de « la Moquette » lieu de rencontre des sdf et des adf.
Annie Pourre du DAL
Anne Rambach auteur de « les intellos précaires »
Paola Antezana qui a participé à la guerre de l'eau en avril 2001 en Bolivie.
Les autres partenariats :
1/ L'association Jean Pierre Hourdin qui a participé au financement de l'action a également fait paraître dans tous les quotidiens nationaux un supplément de 8 pages intitulé « Paroles de sans » et a largement fait appel à NAJE pour ce qui est du contenu et de sa valorisation : Un journaliste a produit une article sur l'expérience Des paroles des participants ont été recueillies et introduites dans le 8 pages. Renée Thominot, participante de « les invisibles » a pris en charge l'éditorial du 8 pages et a ensuite représenté « paroles de sans » dans des émissions de télévision et radio. Par ailleurs 6 participants ont été mobilisés pour une émission de la Chaine Parlementaire.
2/ L'ENACT d'Angers a co-organisé début juin (avec NAJE, ATD quart Monde, Suzanne Rosenberg - consultante, Marion Carrel - chercheuse et Denys Cordonier - consultant) un séminaire de trois journées sur la démocratie participative pour 180 cadres de la fonction publique territoriale. 11 participants de « les invisibles » y ont été invités afin de représenter les habitants (aux cotés de 20 autres venus d'Angers, de Reims et de Nantes) et ont pris une grande part dans les travaux (Renée Thominot, Arlette Konnert, Christine Duchene, Aude Marsan, Etienne Clopeau, Martine N'Sunda, Mayalou Lukau, Yves Weit, Joelle Lutz, Noella Guillemin et Liliane Testi.
3/ Un photographe professionnel : Régis Nardoux est venu la veille et le jour du spectacle pour faire des photos.
4/ Chloé Delpont-Ramat, étudiante aux Beaux Arts et une télévision alternative diffusant via internet ont filmé le spectacle. Eddy n'a assisté qu'à un week-end. Il est usager du Kaléïdoscope et n'est pas accessible à une activité suivie du fait de ses problèmes psychiatriques.
5/ LES FINANCEURS :
L'association Georges Hourdin (fondation)
La Région Ile de France
L'ACSE
La DGAS
Le Théâtre de Chelles
6/ COMPTE RENDU DU DEROULEMENT DE L'ACTION :
37 journées au total avec le groupe de participants.
1ère phase : La formation
Soit 8 journées pleines (4 week-end) pendant lesquelles les participants ont reçu des intervenants (les comptes rendus de ces interventions sont disponibles sur el site de NAJE) : Miguel Benasayag, Philosophe Marc Hatzfeld, sociologue ayant travaillé sur la question des SDF Evelyne Perrin, sociologue participante de Stop-Précarité Françoise Ferrand d'ATD Quart Monde menant l'expérience ATD-Partenaires Pédro Meca, prêtre et fondateur de « la Moquette » lieu de rencontre des sdf et des adf. Annie Pourre du DAL Anne Rambach auteur de « les intellos précaires » Paola Antezana qui a participé à la guerre de l'eau en avril 2001 en Bolivie.
La formation est une phase très riche de l'action car elle permet au groupe de prendre son sujet de travail par différents bouts, d'être au contact de différents points de vue, de différentes réalités… La formation permet d'élargir le sujet de travail avant d'entrer dans la phase des récits personnels qui devront s'intégrer dans la réflexion générale. Ainsi le projet est dès le départ centré sur la question sociale et politique et s'ancre comme un projet de groupe acteur et non comme une action d'aide aux personnes qui composent le groupe.
Nous avons pris garde à ce que tous puissent suivre cette formation jusqu'au bout : --d'une part en prenant le temps de rappeler sans cesse pourquoi nous avions demandé à tel ou tel intervenant de venir et en quoi son discours ou son récit concernait notre objet, d'autre part en vérifiant en permanence auprès de tous que tout avait été compris, d'autre part en poussant chaque participant à dire tout de suite quand il ne comprenait pas ou à dire à quoi cela lui fait penser... Par ailleurs, des comptes rendus détaillés des interventions ont été réalisés d'une rencontre à l'autre et données à chaque participant. Et enfin, en proposant chaque week-end des improvisations issues des contenus apportés par les intervenants de manière à ce qu'ils soient repris, requestionnés... et finalement intégrés.
Les intervenants de la formation nous ont permis de grands débats, des échanges parfois vifs sur notre manière de voir le monde et d'y prendre part. Ils nous ont aidé à faire un travail sur les processus de construction collective des stéréotypes et préjugés que notre société construit sur les sans papiers, les chômeurs, les émigrés, les rmistes, les SDF…
2ème phase : l'élaboration du contenu du spectacle
Soit 12 journées pleines (6 week-ends) pendant lesquelles les participants :
ont partagé avec le groupe leurs propres expériences personnelles à travers des récits de moments de vie en lien avec notre recherche et ont fait des liens entre ces histoires et les apports de la formation préalable.
ont créé en groupe de nouvelles improvisations théâtrales à partir de chaque apport des intervenants et de chaque récit de participants.
ont beaucoup débattu sur leur positionnement propre vis à vis des questions de l'émigration, de la précarité, du rmi…
ont remis en question leurs propres représentations des autres et se sont souvent « déplacés » dans leur manière de voir les sans papiers, les SDF, les intellectuels…etc…
ont élaboré ainsi une réflexion commune les amenant à être en capacité de décider du contenu du spectacle final et du discours qu'ils porteraient. ont amendé les différentes moutures de texte que Jean Paul Ramat et fabienne brugel ont proposé. L'écriture du spectacle s'est faite dans un processus d'aller et retour entre ceux qui tiennent la plume (les deux directeurs artistiques de l'opération) et le groupe qui en a maîtrisé le sens jusqu'au bout. ..
3ème phase : la mise en scène et les répétitions :
Soit 17 journées pleines.
La mise en scène est faite par les deux directeurs artistiques assistés de 13 comédiens professionnels et bénévoles de la compagnie.
L'accompagnement sonore du spectacle est réalisé par une musicienne avec les participants ; Il s'agit là aussi d'un processus de création collective. La musique du spectacle a été jouée et chantée par les participants eux-mêmes (3 violons, 3 guitares et des voix).
Chaque participant s'est vu confier plusieurs postes de jeu (plusieurs rôles). Le spectacle était conçu comme un spectacle chorale (pas vraiment de premiers rôles mais des rôles pour tous de manière à : renforcer la notion de collectif dans le groupe mais aussi dans le spectacle produit, faire la preuve que chacun peut avoir une place particulière dans un groupe et que c'est cela qui crée la richesse du groupe et de sa production. Ainsi, chaque personne a assumé au moins un moment de jeu où c'est elle qui est au devant de scène et protagoniste principal de ce qui est en train de se jouer.
Le travail de répétition fut un travail éprouvant mais riche et valorisant pour tous : notre objectif était d'atteindre à une homogénéïté de jeu de tous les acteurs du spectacle.
4ème phase : le spectacle de Théâtre-forum
Il a été donné le 1er juin 2007 au Théâtre de Chelles dans une salle comble (750 spectateurs)
7/ LA VIE DU GROUPE :
Son organisation :
Toutes le fins de week-ends, un bilan collectif a été fait par le groupe tant sur ce qui concernait le contenu du travail que sur ce qui concernait le fonctionnement du groupe.Ce sont ces temps de bilans qui ont permis au groupe d'apprendre à se gérer, à régler les conflits internes. Ils ont aussi aidé les professionnels en charge de l'opération à être attentifs à ce qui se jouait dans le groupe, à adapter leurs propositions de travail et à écrire un spectacle qui reflète le groupe.
En fin d'opération, des bilans plus individualisés ont été faits par les participants par écrit.
Tous les week-ends ont débuté par une réunion du groupe permettant à chacun de dire ce qu'il ou elle avait vécu depuis la dernière rencontre et permettant de se mettre d'accord sur le programme de travail des deux jours.
Entre les séances collectives de travail, les bénévoles et les comédiens de NAJE ont chacun gardé le contact avec quelques participants de manière à refaire le point de manière individuelle, à prendre en compte les difficultés personnelles éventuelles...
-Il est à noter également que les participants qui venaient d'autres villes ainsi que les participants habitant en lointaine banlieue ou vivant dans la rue ont été hébergés chaque période de travail chez les comédiens de la compagnie. Cela a permis de pallier au retards mais surtout à créer une relation engagée et proche entre NAJE et les participants.
Les repas de midi ont été pris en commun, chacun étant censé participer aux derniers préparatifs du repas organisé par NAJE et au nettoyage du lieu.
Note sur la vie du groupe :
La vie du groupe a été très riche en rencontres, mises en place de solidarités inter-individuelles durant les temps de travail mais aussi en dehors (démarches de participants en accompagnant d'autres dans leurs démarches auprès de la justice, de la police, du logement, de la santé).
Le groupe a également vécu et pris en charge des moments de grande tension dus aux difficultés personnelles de certains participants (éclats verbaux violents, pleurs, menaces d'abandon de l'action, conflits interindividuels). Ces moments de tension ont certes perturbé le travail en cours en obligeant le groupe a interrompre son activité pour gérer les personnes en crise mais ils ont aussi participé largement à l'élaboration du contenu de la production du groupe.
8/ LE CONTENU DU SPECTACLE ET DU FORUM :
Le spectacle est construit en quatre parties :
Une introduction qui donne a voir le fonctionnement du groupe qui a créé le spectacle et comment il est possible de sortir des préjugés et stéréotypes à l'œuvre dans notre société. Une première partie qui traite de la situation des sans papiers et comment son traitement agit sur l'imaginaire collectif et la perception des personnes issues de l'émigration.
Une deuxième partie qui traite de la situation des sans logis, de la question du logement, des plus démunis et du regard que nous portons sur eux.
Une troisième partie qui traite du travail quand il est précaire, quand il est au noir, quand il est dangereux… de la difficulté de lutter mais aussi de la possibilité de le faire et de gagner parfois.
En guise de conclusion, un appel à solidarité pour une mère de famille dont le mari vient d'être renvoyé au Sénégal.
Notes de mise en scène :
Pendant tout le spectacle, un homme portant une mallette d'euros protégé par 4 policiers traversera la scène de part et d'autre. Ce sont les transports de fonds, la circulation des capitaux. Ils passent mais n'ont aucun contact avec les personnages et les situations dont nous parlons. Ils sont dans une sphère toute différente.
La totalité des séquences se joue en devant de plateau, dans des espaces résolument publics : les réalités dont nous parlons se déroulent sous nos yeux tout le temps.
En fond de scène, un métro dont sortiront la plupart de nos personnages et dans lequel sont les musiciens et la chorale qui accompagne le spectacle.
Introduction : Une présentation du groupe lui même dans son fonctionnement et son utopie :
Des classes sociales diverses qui se côtoient, des projections sur les appartenances des uns et des autres à l'une ou l'autre classe qui se disent et se remettent en question : Marie Rose perçue comme bourgeoise par les autres se classe dans les précaires au grand étonnement de certains, Catherine se classe dans les bourgeois alors qu'elle est intermittente du spectacle et nous parle de sa famille, Marie Noelle se demande si elle se met dans la classe ouvrière ou dans les précaires, Martine affirme que les classes moyennes n'existent pas et qu'elles sont une invention des dominants, ceux de la classe ouvrière et ceux des précaires se demandent s'ils doivent être ensemble ou non, Willy se demande s'il ne devrait pas être dans un autre groupe que les précaires car il est SDF, Renée affirme être précaire mais vivre dans un luxe qui n'a rien à voir avec l'argent mais ne veut pas être confondue avec un rmiste car elle est en ASS ce qu'elle estime au dessus. Pierre lui annonce son appartenance à l'aristocratie…
Un groupe dans lequel beaucoup de choses se jouent qui décalent les regards des uns sur les autres : Etienne tient à dire au groupe qu'il sort de prison et est accepté simplement par les autres avec cela. Claudine demande à ce qu'on lui garde les fanes de radis et les os de poulet pour faire sa soupe et offre aux autres des objets récupérés dans les poubelles. Yves explose et quitte le groupe mais est récupéré par Mamadou. Maryse qui pleure tout le temps et n'ose pas finit par jouer un oppresseur et par sortir d'elle même à la joie de tous. Ida qui n'a jamais lu un livre découvre pendant la formation que la conscience sociale est en soi une intelligence et va se mettre à lire le livre de Anne Rambach sur les intellectuels précaires. Spyro apprend à Joelle à ne pas projeter son mal-être sur les autres. Béatrice, Arlette et Noella découvrent que Marie Rose la bourgeoise leur est accessible. Mayalou qui vit sans papiers adopte la plus blanche d'entre nous comme sa fille restée en Afrique. Clara invite Willy le SDF a venir passer quelques nuits chez elle.
Première partie : Les « sans papiers » (et les français)
En Afrique, Les rebelles arrivent dans le village de Mayalou, avec leurs mitraillettes. Le mari de Mayalou est tué et toute sa famille dispersée. Mayalou va émigrer en France. En France, une queue attend depuis la veille au soir devant la préfecture : ce sont les étrangers qui espèrent être régularisés, l'une d'entre elle spécifiera d'ailleurs clairement - parce qu'elle sait que les mots pèsent de leur sens et construisent les représentations qu'ont les français sur les étrangers - qu'elle n'est pas sans papiers, qu'elle est juste sans autorisation de résidence sur le territoire français, ce qui n'est pas la même chose. Le personnel du guichet des étrangers est moins que bienveillant et est traversé par tous les préjugés à l'œuvre sur les étrangers. C'est d'ailleurs certainement une manière de se protéger qu'ont les guichetières pour ne pas être atteintes par la misère qui défile là et à qui il faut de toute manière le plus souvent dire non.
Aux abords de la préfecture, un étranger sans titre de séjour est arrêté par les policiers et immédiatement emmené au commissariat d'où il sera transféré au centre de rétention puis mis dans l'avion. Une personne de RESF est là qui alerte son réseau. Une famille est là aussi qui se demande si elle est concernée par ce qu'elle vient de voir et si elle va aider la personne de RESF ou si elle va passer son chemin.
Plus loin, une rafle policière s'effectue dans la violence aux abords d'une distribution de nourriture par les restos du cœur . Il s'agit de prendre les sans papiers qui sont venus chercher une soupe. Là se rencontrent des personnes dans le plus grand dénuement , qu'ils soient français ou étrangers, ils vivent la même condition. Mais les personnes étrangères sans titre de séjour sont instituées comme délinquants et traitées comme tels.
Le forum est proposé sur cette scène de manière à permettre à tous les spectateurs de se poser eux-mêmes la question et d'en débattre.
Le forum se déroule avec les spectateurs autour des questions suivantes dans lesquelles chacun amène son propre regard, sa propre manière de se positionner : Faut il respecter la loi tant qu'elle est votée et agir pour la changer ou faut-il pratiquer la désobéïssance civile quand on n'est pas d'accord avec la loi en vigueur ? Faut il laisser ceux qui savent agir ou faut il que chacun agisse là où il peut avec eux ? Qui sont ces gens qui savent ? Pourquoi pensons nous qu'il y a des gens mieux placés que nous pour agir sur les domaines qui nous importent ? Comment choisir entre solidarité interindividuelle et politique nationale ? Comment nous situons nous vis à vis de la place des personnes d'origine étrangère en France. Pourquoi y a t il émigration des pays du Sud vers les pays du nord ? Tolérons nous que des gens soient exploités parce qu'ils sont étrangers ? Cela sert-il notre économie ? Que produisent les manières de gérer la question des sans-papier sur notre manière de percevoir les étrangers et les français d'origine étrangère ?
Devant la préfecture, Mayalou qui s'est vue refuser ses papiers est en pleurs. Martine, une amie à elle l'incite à « se bouger », lui donne les papiers de sa cousine. Avec cela, Mayalou pourra travailler. Mayalou découvre que pour survivre ici, il faut mentir.
Mamadou lui est déjà là depuis longtemps et sait que le travail au noir, s'il est interdit et décrié publiquement est chose courante et a même son utilité : faire baisser le prix de la main d'oeuvre et le prix des services et objets vendus. . Mamadou est exploité et sait qu'il n'a aucun moyen de se défendre puisqu'il est lui même forcé à l'illégalité.
Deuxième partie : Les « sans logis » et les personnes dans la grande précarité (et les autres) :
Dans un quartier d'habitat social, un jeune dealer s'est fait arrêter et confisquer sa drogue par la police. Il ne pourra rendre l'argent qu'il doit à son fournisseur. Il risque sa peau. Il va fuir à Paris et grossira le rang des SDF. Clara est expulsée de son logement. Cela fait des mois qu'elle ne peut pas payer son loyer. Elle est professeur à la faculté mais n'a que quelques heures et n'est d'ailleurs pas déclarée elle même par la faculté qui ne salarie que des personnes qui ont un employeur principal afin de ne pas risquer que les personnes qu'elle emploie de la sorte exigent une reclassification en CDI en tant qu'employés de fait (Clara travaille donc à la fac mais c'est un autre professeur qui perçoit son salaire et le lui rend, on s'arrange comme on peut). Le forum est mené sur cette scène - d'une part en remplacement des déménageurs intérimaires qui se retrouvent là sans avoir été avertis de la teneur de leur mission, qui hésitent à accepter de faire ce travail là mais qui sont eux-mêmes dans la précarité et ont besoin de leur salaire. Certains spectateurs refusent la mission, d'autres acceptent la mission mais tentent d'aider personnellement la personne expulsée, d'autres encore parlent de travail indigne et font appel au droit de retrait et appellent leur agence d'intérim… - d'autre part en remplacement de la personne expulsée elle-même pour convaincre sa voisine de l'aider en conservant quelques cartons chez elle, voire en l'hébergeant quelques jours. Les spectateurs s'entraînent à travailler sur la peur qu'a la voisine, sur les clichés qui l'habitent, essaient de l'introduire à la solidarité entre voisins…
Suit une séquence beaucoup plus festive : un groupe de jeunes organise les jeudis, des interventions au cours des visites collectives d'appartements loués très chers par les propriétaires parisiens. Ils appellent leur action « les jeudis noirs » et tentent d'alerter avec beaucoup d'humour et de bonne humeur les gens sur la question du montant exhorbitant des loyers privés et sur l'incapacité qu'ont les jeunes et les smicards de se loger.
Dans le métro, une SDF récite sa litanie. Marie France lui donne une pièce. Elle a opté pour donner peu mais à toutes les personnes qui demandent. Dès la sortie du métro, un autre mendiant est là. Marie France n'a plus de monnaie et en demande à ses amies. Une discussion très houleuse va naître entre Marie France et ses amies. Pour elles les mendiants sont des alcooliques ou des drogués ou ne sont pas si pauvres qu'ils veulent le faire croire.
Le forum est proposé sur cette scène intitulée « tu donnes ou tu donnes pas et pourquoi ». Les spectateurs se voient proposer de remplacer soit Marie France soi l'une de ses deux amies pour défendre leur propre point de vue afin de mener le débat plus loin :certains pensent que l'humanitaire est nécessaire et utile, d'autres que c'est à l'Etat de fournir à chacun de quoi vivre ; certains pensent que donner ne permet pas d'aider les personnes à sortir de leur condition, d'autres pensent que donner est une manière facile de se déculpabiliser et de ne pas poser la question en terme de société, d'autres pensent que donner est mieux que rien quand on ne sait pas que faire, d'autres cherchent comment aider les personnes en grande précarité ou comment au minimum porter sur ellesun regard non discréditant…
A coté, un SDF fait cadeau à Ida d'une poupée pour sa fille. Il sait que c'est son anniversaire car la fillette parle tous les jours avec lui. Il l'a acheté et raconte en riant comment le commerçant en le voyant a exigé qu'il paie d'avance en liquide.
Plus loin, une autre SDF sur un banc au petit matin hèle une femme pour lui demander un peu d'argent. L'autre s'assoit et raconte son histoire. Elle est écrivain et est venue de dijon à paris pour une séance de dédicace dans une librairie. L'éditeur lui a fourni ses billets de train mais pas de ticket de métro. Comme elle n'a pas d'argent du tout, elle n'a pu s'en acheter elle même. A pied dans Paris, elle a raté son dernier train et a du passer la nuit dehors à marcher. Elle est ce qu'on appelle maintenant une intellectuelle précaire. L'autre, la SDF a lu son bouquin - les SDF ne se ressemblent pas les uns les autres et celle-ci est aussi une intellectuelle cultivée -, C'est elle qui va lui offrir un café, Cela l'amuse de « subventionner ainsi l'édition française ».
Troisième partie : Les travailleurs précaires et le travail au noir :
Tout d'abord un chantier, l'entreprise qui l'assume est en retard sur les délais. Les promoteurs et l'architecte font pression sur le chef de chantier qui va faire pression sur les salariés. Une intérimaire va traiter le bois sans masque (les cartouches coutent cher et il n'y a pas le temps d'aller en acheter), les autres vont travailler sur un échafaudage sans barrières de sécurité car cela prend trop de temps de les monter… Jusqu'à l'inévitable : l'accident de travail. Mais c'est Youssouf, un africain qui travaille au noir qui se casse un bras en tombant. Il partira tout seul avec 100 euros en poche et ira se faire soigner par Médeçins du Monde. Pour lui, le droit du travail n'existe pas. Pour les autres, c'est la révolte, il est question de faire grève. Mais comment faire grève quand on est intérimaire ou en CDD ?
Le forum est proposé sur cette séquence à partir de l'accident mais les spectateurs demandent à intervenir plutôt sur la question du masque de protection non fourni et des barrières de sécurité non mises en place pour gagner du temps. Leurs interventions vont du refus de travailler dans ces conditions à l'appel à l'inspection du travail à la discussion avec le chef de chantier pour lui exprimer que l'on est tous dans le même bateau donc solidaires et qu'il faut penser ensemble comment assumer ce chantier dans des conditions tolérables, d'autres expliquent au chef de chantier qu'il joue le jeu des commanditaires en acceptant des réductions de tarif qui l'amènent à mettre les salariés dans des conditions de travail dangereuses et que c'est à lui de se repositionner dans la dignité, d'autres enfin font appel aux syndicats pour s'organiser dans la lutte.
Ensuite il y a Véronique. Elle est au RMI mais comme elle a un peu travaillé les mois précédents, son RMI a beaucoup diminué. Elle ne veut plus retourner voir l'assistante sociale, c'est trop humiliant dit-elle. Alors elle va chez Mme Ramat qui l'emploie de temps en temps pour des travaux de jardin et la rémunère par chèque emploi service. Cette fois, Véronique va demander elle-même à être payée au noir. Mme Ramat refuse : elle est contre le travail au noir.
Le forum est proposé sur cette scène soit à la place de Véronique pour les spectateurs qui estiment que dans cette situation, c'est la solution la moins pire, soit à la place de Mme Ramat pour les spectateurs qui estiment que la loi doit changer mais qu'il ne faut en aucun cas tolérer le travail au noir qui lèse tout le monde en ne versant pas les charges sociales permettant de faire fonctionner la sécurité Sociale. Le débat est houleux sur cette séquence tant les positions des uns et des autres sont affirmées. Une femme qui remplace Mme Ramat et refuse la possibilité d'un arrangement en expliquant que c'est une position politique et citoyenne se fait huer par un spectateur. Une dame qui remplace véronique sollicitant de travailler au noir s'entend dire qu'elle est une profiteuse du système…
L'on retrouve ensuite Clara, celle qui a été expulsée au début du spectacle. On la retrouve cette fois dans la faculté avec ses élèves. Elle va finir par leur avouer qu'elle donne le cours au nom de Monsieur Mouton car elle même ne peut pas être employée par la faculté : Elle n'a pas d'autre employeur alors elle pourrait se retourner contre la faculté pour exiger un CDI en justifiant qu'elle est salariée de fait. Alors c'est Monsieur Mouton, un professeur qu'elle connaît bien qui est déclaré à sa place. C'est une pratique courante à la Faculté. Voilà une autre forme de travail dans l'illégalité.
Suit une séquence festive : Stop-Précarité à accompagné pendant 1an et demi la lutte des femmes de ménage des hôtels Accor. Pour soutenir la déléguée syndicale qui avait été licenciée après leur grève, stop précarité a organisé chaque vendredi pendant un an et demi, un pique nique dans un hall d'entrée d'un des hôtels Accor de l'Ile de France. La déléguée syndicale s'est vu proposer par Accor un arrangement financier pour que les piques niques du vendredi cessent.
Conclusion :
Nous quittons le théâtre pour présenter la situation de Marie Pierre dont le mari vient d'être renvoyé au Sénégal la laissant sans ressources avec ses trois enfants nés en France. Nous faisons pas forum mais appel aux spectateurs présents pour une quête et aussi pour trouver un menuisier qui serait d'accord pour faire les démarches pour embaucher son mari et lui permettre peut être de revenir. Nous affirmons que sa lutte à elle est notre lutte à tous pour notre société.
« Changer de Lunettes »
Une nouvelle création montée avec 10 comédiens de NAJE grâce au financement du FASILD sur la question de nos représentations des étrangers. Joué le 23 mars à Alfortville.
Objectifs de cette création :
L'objectif du spectacle de théâtre-forum est de permettre la prise de conscience, la mise en question de nos propres représentations sur les personnes issues de l'émigration et l'apprentissage de la vigilance vis à vis de ce phénomène individuel et social. Ainsi, la séance publique propose un travail sur les processus qui rendent possibles et/ou génèrent la discrimination raciale.
Concrètement, ce spectacle dévoile les représentations sur les personnes immigrées qui sont à l'œuvre dans notre société, portées par les personnes dans et hors nos institutions. Il permet de mener avec le public une séance de travail dans laquelle chacun et le groupe cherchera à débusquer en lui-même ses propres représentations sur les personnes immigrées et à les questionner. Nous devrions en sortir plus conscients de ce qui se joue parfois inconsciemment à travers nous et plus vigilants à l'avenir à cette question.
Le spectacle a été créé avec deux entrées :
1/ Nous avons mené une enquête qui menée auprès de personnes issues de l'émigration d'ages, de situations sociales, d'origines et de sexe différents. Nous leur avons demandé de nous relater des situations qu'elles ont vécu dans leur contact avec une institution ou avec des personnes individuelles et dans lesquelles elles ont eu la sensation que leur interlocuteur s'adressait à elles comme à une personne qu'elles ne sont pas ; des moments où elles ont repéré qu'il y a un décalage entre la manière dont elles se perçoivent et l'image que leur renvoie l'autre par sa manière de s'adresser à elles.
2/ Nous nous sommes questionnés nous-mêmes sur nos propres représentations et les avons mis en scène. En effet, le spectacle devra permettre à chacun de questionner son propre système de représentations et de chercher en quoi et comment il participe à la mise en place des processus de discrimination. C'était la moindre des choses de mettre d'abord nos propres représentations en jeu de manière à ne pas se poser comme donneurs de leçons vis à vis du public.
Le contenu du spectacle :
Le spectacle se compose de nombreuses séquences courtes dont certaines sont mises au débat théâtralisé avec la salle, dont d'autres sont seulement appelées à être commentées par le public et d'autres enfin jouées sans commentaire.
Ces séquences sont organisées en trois parties : Tout d'abord des séquences relatant des situations qui n'ont pas à voir avec des étrangers où l'on n'a pas été vu comme l'on est, ou l'autre nous a renvoyé une image de nous non correspondante à ce que nous sommes. Ensuite des situations plutôt sympathiques mettant en scène des interprétations erronées mais sans aucune malveillance. Enfin, des situations dans lesquelles des personnes immigrées subissent les représentations que nous nous faisons d'elles, situations qui vont progressivement vers des situations de discrimination.
Les prises de parole, retours et interventions sur scène des spectateurs se font tout au long de la représentation.
« Travailler à France Telecom »
Une nouvelle création de la compagnie faite à la demande du Comité d'Entreprise de France Telecom Ile de France et joué en deux représentations en Ile de France pour 700 spectateurs dont les 2/3 salariés de France Telecom.
Objectifs de cette création :
Pour le CE de France Telecom il s'agissait, dans un contexte de suppression d'emploi massive, de permettre aux salariés de créer un espace de débat collectif sur leur travail. (France Telecom prévoit 22 000 suppressions d'emploi dans les trois ans).
Mode de travail de NAJE :
La compagnie a rencontré plus de 160 salariés dont 32 en entretiens individuels et 130 en entretiens collectifs. Cela lui a permis de réunir les matériaux de sa création. C'est à partir de ces entretiens que le spectacle a été écrit par Jean Paul Ramat et fabienne Brugel puis mis en scène avec 12 comédiens de la compagnie et Catherine Lamagat, la musicienne de la compagnie.
Tout au long de l'opération, des rencontres ont eu lieu avec les représentants du CE afin de confronter les résultats de notre enquête avec la connaissance qu'ont les membres du CE des problématiques à l'œuvre.
Un sociologue : Pierre Lénel a aussi suivi l'opération pour produire une analyse de ses résultats et limites.
Le contenu du spectacle :
A travers les histoires qui ont été livrées par les salariés, le spectacle propose un parcours de situations dans lesquelles ils se trouvent pris : les restructurations, la difficulté à créer des collectifs professionnels, la souffrance pour certains, la manière dont sont managés les personnels, la concurrence , les difficultés de la vie syndicale… mais aussi des moments de résistance, de solidarité entre les gens…
Les deux représentations de 2007 :
Deux représentations ont été organisées en 2007 par le CE Ile de France :
La première au Studio Raspail à Paris pour les membres du CE national de France Télécom, pour des salariés de France Télécom Ile de France et pour quelques invités hors FT, soit 200 personnes.
La deuxième au Théâtre de Chelles pour 600 spectateurs dont les deux tiers salariés de France Télécom en Ile de France et un tiers d'invités de la compagnie issus d'autres mondes professionnels dont des salariés du public.
Ce spectacle est appelé à circuler en 2008
Dans l'Est durant le premier semestre 2008 : 2 à 4 représentations prévues
En Centre et Normandie : 4 représentations programmées en octobre et nov 2008
En Ile de France : de 2 à 3 représentations nouvelles prévues dans le premier semestre 2008.