Cie théâtrale N.A.J.E.
16 rue des Coquelicots
92160 ANTONY
Tél. : 06 82 03 60 83
Contact : Fabienne BRUGEL
fabienne.brugel@orange.fr


"La Culture, c'est ce qui fait lien entre les hommes;
Le Politique, c'est le contrat qui les lie."
Retours ou bilans de participants


le bilan des participants de "la force des gueux"
le 16 janvier, nous avons posé une seule question aux participants de la force des gueux à savoir : en quoi cette action sert à sortir de la pauvreté ? Voici leurs réponses :

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En groupe, on a besoin de réfléchir plus. Ca me décoince, me fait découvrir des capacités que je croyais perdues. J'ai plus confiance en moi. Je retire sur des fils que je croyais enfouis.
J'ai des mésestimes, des nullités à combattre. Quand j'entre dans un groupe, je me fais foutre de moi mais je sais que c'est comme ça. Je prends ma place quand même. Chacun mis ensemble, on fait se frotter les cervelles, ça fait des étincelles. Ça fait sortir de soi, ça m'aide à identifier les empêchements en moi. La société nous renvoie une image de soi nulle.
Quand je fais des projets comme celui-ci, la vie reprend le dessus.
On a tous des combines, des débrouilles, on les échange, chacun donne aux autres.
Je ressens que mes acquis ont de la valeur. Je retrouve l'envie de croire que tout peut encore changer. J'offre mes efforts personnels aux spectateurs, ça me bouscule psychologiquement de façon positive.
Sur scène, je me découvre autrement que je me vois tout le temps.

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Je viens de réaliser qu'on peut être en précarité, en pauvreté, de différentes manières. J'en avais pas conscience avant.
On est un groupe qui a eu un vécu avant qu'on se connaisse, qui en aura un après. Même si on a pas les mêmes conditions de vie, pas les mêmes positions sociales, je me rends compte qu'on peut rencontrer les mêmes difficultés et qu'on peut faire un bout de route pour tenter de faire changer les choses.

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En tant que personne dans la merde, j'ai repris goût aujourd'hui à la sociabilisation. La précarité avait transformé mon besoin et mon envie de solitude en isolement total.

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Merci, car suite à ce projet je me sens libérée par rapport à tout ce que j'ai vécu ( la répression au Congo, la honte d'avoir été violée devant mon enfant )
En arrivant en France, je ne voulais plus entendre parler des hommes. Je ne voulais que des médecins femmes. Une fois, on a ri avec Jean-Jacques, parce qu'il voulait danser avec moi, et que j'ai refusé.
Le groupe est une famille pour moi.
Petit à petit, je me suis sentie libérée et j'ai pu parler.
Aujourd'hui, je vais en avant.

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C'est un grand plaisir pour moi d'avoir été intégré en cours de route à ce groupe.
A défaut de liberté, car le travail est dirigé -quand on est mis en scène, la liberté est restreinte-, il y a une grande fraternité.
Je ne pensais pas pouvoir rester calme et j'ai appris à me poser. Je ne pensais pas pouvoir rester des heures et des heures à regarder des filages. Et je l'ai fait. J'ai trouvé de nouveaux moyens de lutte, notamment en cherchant les failles des lois. Cela me donne envie de creuser ces pistes-là.
Finalement, les problématiques qu'étaient celles du théâtre de l'opprimé quand il est né au Brésil sont les mêmes ici et aujourd'hui.

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Pauvre n'est pas un mot qui me plaît. Je ne suis pas pauvre, j'ai beaucoup de choses dans ma vie.
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Ici, il y a le partage. Je suis une personne entière, il y a peu de lieux où je suis si entière. Je fais partie d'un projet ; on me demande mon avis sur le spectacle ; je suis écoutée.
C'est un bol d'air. A Angers, j'ai l'impression de brasser du vent : je mets pleins de projets en place, et « plouf », il n'y a plus rien. J'ai l'impression de répéter les mêmes choses, d'entendre les mêmes choses.
Ici, il y a de la mixité sociale. Il y a de l'engagement. On est écoutés.

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Pour moi, le premier combat, c'est le refus d'être mis dans une case. Évidemment, je vis dans la précarité, mais je ne suis pas précaire. Selon l'INSEE je suis pauvre, mais je refuse de l'admettre. Je réussis à me mettre dans la tête que je ne suis pas précaire.
J'ai bien pris conscience de ce que c'est que la pauvreté. Lors des moments difficiles, on m'a beaucoup épaulé. Je me rends compte que la solidarité de classe peut nous sortir de la pauvreté.

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Je me sens un peu pauvre et riche : riche dans la tête par cette expérience, pauvre par mon milieu ordinaire. Le projet m'a rendu riche, en faisant des actions.

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Ce projet m'a permis de sortir de l'isolement et de l'invisibilité. Avant, j'avais pas confiance en moi dans ce groupe, mais maintenant, j'ai plus confiance en moi. J'avais la honte, car j'avais peur que les gens ne me comprennent pas, car je parlais et comprenais moyennement le français. Je ne savais pas comment partager avec les personnes. J'avais l'impression qu'elles étaient toutes intellectuelles. Je me disais : « je suis rien du tout, je suis toute petite ». Je cherchais une personne qui avait la même classe que moi. On restait ensemble, on ne se mélangeait pas. Maintenant, même s'il reste des barrières en moi, je sais que l'enchaînement des deux projets m'a permis d'avancer car maintenant je n'ai plus honte, je m'en fous, et j'ai le plaisir d'être dans le groupe.

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Avant le projet, je me demandais s'il n'y aurait que des pauvres qui participeraient au spectacle, ou bien si on serait mélangés.
Je me demandais : « Comment on va faire pour que les autres puissent comprendre ce que l'on a enduré ? Comment on va faire pour qu'ils puissent s'adapter et prendre un personnage de pauvre sans que ce soit « une caricature » ? »
J'ai vu que je pouvais faire du théâtre avec d'autres personnes différentes de moi, qui avaient plus de moyens que moi. Que c'était possible. Pour moi, c'est important d'être avec des personnes qui ont un niveau social plus haut que moi. Ça me permet de ne pas m'isoler, de ne pas m'enfermer.

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Grâce à NAJE, je sors de la pauvreté. Avant j'avais peur de parler, parce que je parlais pas bien français. Sans le groupe, je ne sors pas. J'ai peur de sortir. Je ne connais personne en France, j'ai seulement deux nièces et un cousin. Dès que j'ai trop peur, je tombe malade. Les gens du groupe m'ont posé des questions : « pourquoi t'es comme ça ? ». Ils m'ont aidé. Ils m'ont encouragé à faire de la couture, du tricot... Grâce à vous, je suis sortie.

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Mon métier est chanteuse. Comme je suis au RSA, je restais parfois toute la journée à lire des bouquins chez moi, sur l'économie mondiale, etc... Je restais seule toute la journée avec mes concepts et j'ai fini par être totalement isolée. Ce projet m'a permis d'être dans une atmosphère active, de sortir de mes concepts pour passer du côté de l'action.
Le fait de faire du théâtre était un challenge pour moi ; cela me faisait un peu peur.
Le groupe était déjà très fort mais j'ai été très bien accueillie.

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Le projet de cette année n'a pas été très positif pour moi. Par rapport à d'autres années, je n'ai pas fait une grande avancée. Le fait que je devais jouer le rôle d'une pauvre ne m'a pas aidé. Au début, je devais jouer la honte de cette personne, mais cela m'a trop bouleversée, alors ça n'avançait pas. Ça me remettait dans mes histoires. Et puis j'ai décidé de la jouer plutôt « rebelle », et c'était plus facile. Je remarque que je suis maintenant plus à l'aise pour parler avec l'assistante sociale. Dans la difficulté de ma solitude, j'ai besoin de ce groupe.

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J'ai décidé de faire ce projet surtout pour continuer le théâtre, et parce que c'était un geste militant. Mais le thème ne me parlait pas plus que ça. Je ne suis pas pauvre, je ne savais pas trop ce que j'apporterais. Avec ce projet, je me suis rendu compte de plusieurs choses.
Je me suis rendu compte qu'il y a différents rapports au temps. Il y a le temps de l'administration, des dossiers, des délais, des intermédiaires, des procédures. Cela dure des semaines, des mois. Et puis il y a le temps du citoyen lambda qui n'est pas pauvre : il prépare des sacs de vêtements pour les emmener à la croix rouge, mais il remet toujours l'action au lendemain parce que c'est loin, qu'il faut prendre le métro... Et enfin, il y a le temps de la personne « pauvre », qui a besoin d'une réponse immédiate, d'un sandwich, d'un abri... Pour la personne qui dort dehors, c'est tout de suite.
Ce projet mélangeant des gens de différents milieux sociaux a été une manière de confronter ces échelles de temps, pour mieux comprendre les rapports entre elles, et arriver peut être à les faire coïncider.
Et puis, lorsque j'ai fait une improvisation avec Christian où on était assis par terre pour faire la manche, avec un chien, je me suis rendu compte de l'angle de vue que ça donnait. Tout d'un coup on ne voit pas les choses de la même manière, on n'a pas « le même statut » : il faut lever la tête pour regarder les gens, on les voit du bas. Ça m'a fait regarder les gens qui mendient dans le métro différemment. Dans le métro, c'est un autre angle de vu : on les regarde du bas, on en a presque peur.

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J'ai commencé ce projet dans un moment de fragilité pour moi car je quittais mon boulot de travailleur social. Ce projet m'a reposé des questions que je me posais déjà par rapport à ce métier. Aujourd'hui, je ne sais pas si je vais garder ce métier. Peut être que ce que je fais va plus passer par de l'expression artistique.
Ce projet m'a aussi donné des pistes d'action possible contre la pauvreté. La marche contre la pauvreté et pour la dignité ne m'a pas convaincue, car on dit aux personnes où elles doivent aller, quel est le chemin à prendre.
La méthode de Saul Alinski m'a beaucoup intéressée, car ils se forment et trouvent leur force pour agir ensemble, pour s'organiser.

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Je crois que les personnes précaires peuvent s'organiser. Ce spectacle le montre.
A travers ce travail, nous sommes dans le réel : je me rends suis rendue compte que nous sommes tous riches de quelque chose et pauvres de quelque chose. J'ai relu mon histoire avec ça, et j'ai réalisé que certaines de mes expériences passées (vécu dans des squatts, traversé la France avec 50 centimes en poche...) étaient des expériences de pauvreté, alors que je ne les ai jamais vécues comme ça. C'est possible de vivre ces expériences avec des ressentis différents.
La question que je me pose : est ce qu'il y a des pauvres et des riches dans ce groupe ? Ou bien est ce qu'on est tous riches ? Ou alors est ce qu'on est tous pauvres ? Ce fossé entre riches et pauvres, cela me fait souffrir. Je pense qu'il faut être vigilants car on peut tous à un moment faire sentir à l'autre que c'est un pauvre, ou que c'est un riche, et le blesser. Je suis vigilante à ça dans ma profession d'assistante sociale.

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La conscience que j'avais de la pauvreté s'est affirmée dans le cheminement à travers le groupe. Et aussi la conscience des différences entre nous ; notamment à travers les moments de travail sur la perception que nous avons eu, chacun, de notre classe sociale à l'école. Alors que les discussions avec mes amis autour de ces questions n'avancent pas à grand chose, j'ai fait avec ce projet une approche du réel, bien que j'aie conservée une réaction de protection.

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Je ne suis pas pauvre. Le rapport que j'entretiens depuis petite avec la pauvreté est exclusivement un rapport de culpabilité. Avec ce projet, je crois être venue à bout de cette culpabilité-là, notamment grâce à la rencontre avec la méthode Saul Alinski. Je veux sortir de l'impuissance dans laquelle je me confortais pour entreprendre de l'action. On peut s'organiser. Y a moyen. Et il faut le faire.

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Un moment déclencheur pour moi dans le projet a été l'échange qui a suivi la question de Fabienne : « Qui parmi vous se sent précaire ? ». Je me sentais précaire parce que j'étais dans un congé longue durée de l'éducation nationale, et que je ne savais pas ce que j'allais faire de moi. Diop, lui qui était vraiment précaire à mes yeux, ne se disait pas précaire. J'ai donc été recadré très vite, je me sentais décalé.
A suivi une série de question qui se sont posées à moi : Où suis-je ? Suis-je précaire ou pas précaire ? Et qu'est ce que ça veut dire ? Quelle est ma place ?
Puis peu à peu, grâce au texte du spectacle auquel je me suis accroché, alors que je ne l'avais pas aimé la première fois, j'ai trouvé une place. J'ai décidé d'éditer le texte de La force des gueux. Je ne suis ni acteur, ni metteur en scène, mais je suis entre les deux. Je me sens médiateur. Je porte la parole collective. Médiateur, c'est peut être ma place.

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Je ne vis pas dans la pauvreté, mais je vis depuis petit avec la pauvreté. Mes parents étant volontaires à ATD Quart monde, je suis formaté par ce mouvement là. Avec ce projet, j'ai vu une illustration du fait que la pauvreté n'est pas une fatalité, que des actions collectives sont possibles.
L'idée du « comité de pauvres » m'a posé différentes questions, notamment sur la distinction « action individuelle/action collective »...
J'ai envie de vous donner une phrase d'une rappeuse : « ils ont le chiffre, on a le nombre. »

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Je viens d'un milieu militant, qui peut être un peu un milieu fermé.
La force de ce projet c'est les gens : le fait de rencontrer des gens dont on ne sait rien d'abord, et qui, peu à peu, se dévoilent, au détour d'une phrase ou dans une discussion.
J'ai eu un « rôle de pauvre » un peu par hasard, en prenant des phrases par ci, des phrases par là. Il me paraissait d'abord un peu artificiel. Et puis en fait ce rôle c'est un cadeau énorme : il y a pleins de gens qui sont venus me voir pour me raconter des histoires qu'ils avaient vécu et qui étaient en lien avec mon rôle, sur le fait de fouiller dans les poubelles par exemple. J'ai eu pleins d'histoires. Et le soir du spectacle, j'ai discuté pendant une heure et demi avec Émilie, la fille de Christian, qui m'a aussi confié des morceaux de son histoire, de comment elle s'était retrouvée à la rue etc... Elle me faisait confiance parce qu'elle savait que Christian m'avait confié aussi de morceaux de son histoire. C'est un peu fou, c'est un vrai cadeau.

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Ce projet a été un peu frustrant pour moi parce que je n'ai pas suivi tout la première phase d'apport de matières, d'improvisations etc... Je ne sais pas à qui sont les histoires, c'est plus compliqué pour jouer après. Le personnage de jeune fille que je joue a été compliqué apprivoiser. Je n'osais d'abord pas la jouer. Et puis, il faut y aller !
Je me rends compte que j'ai peur de la pauvreté. J'ai peur d'être pauvre. Je ne me décide pas encore à démissionner de l'éducation nationale, parce que je me dis que si je veux des enfants un jour, il faudra bien les faire vivre...

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Je suis enseignante. Pas dans la précarité. J'ai fait la plus grosse bêtise de ma vie en entrant dans l'enseignement privé catholique. Ça m'a éloigné de moi-même, de ce à quoi je croyais. J'étais à une grande distance de moi-même. Cette semaine, j'ai enclenché une action au rectorat pour harcèlement. J'en suis très fière. Je me suis reconnue dans les quatre démons qui empêchent l'action (l'impuissance, l'isolement, l'inutilité, la peur), et grâce au travail avec NAJE, je les ai dépassé et je le vis pleinement.

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J'ai décidé de faire ce projet parce que je connaissais le théâtre forum, que je le pratiquais depuis longtemps, et que j'aimais le travail que faisait NAJE. J'avais besoin de nourriture. A force de traîner dans les milieux militants, j'avais l'impression d'être dans un milieu fermé qui parlait toujours des mêmes choses. J'avais l'impression d'être avec des gens comme moi, comme si ce n'était pas de « vrais gens », comme une famille politique stérile. J'avais envie de rencontrer des « vrais gens ».
J'ai été marquée par la fois où Christian a reconnu dans une image que Claire avait faite de sa situation dans la cour de l'école, une situation de quand il était dans la rue à mendier. Ce rapprochement m'a marqué. Moi qui voulais voir d'autres gens : j'y étais !
Le côté politique m'avait formaté à un mode de pensée très rigide. Dans ce projet, on a réfléchi dans pleins de sens différents, on a brassé les idées, les expériences, en allant tous dans le même sens mais en posant vraiment les questions. Ça m'a montré que la lutte est possible. J'avais peur que ce soit triste, mais pas du tout. Je croyais que c'était pas possible de travailler dans un si grand groupe avec des gens si différents.

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Ça me fait sortir de la honte de raconter et d'écouter des récits sur le thème de la pauvreté, parce que je me rends compte que je ne suis pas toute seule à avoir vécu certaines expériences.
J'ai regagné de la mémoire, car j'ai pris du plaisir à apprendre la poésie de Prévert. C'est la première fois que je n'ai pas de petit papier dans ma poche. En fait, j'ai surtout regagné la confiance que j'ai dans ma mémoire. Avant, j'avais peur d'oublier. J'ai envie de réapprendre des poèmes.

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Dès le début, je ne me suis pas sentie bien avec cette thématique. Je n'arrivais pas à réfléchir. Est ce que c'est un sujet tabou pour moi ? J'étais impulsive, dissociée, encore plus partagée en deux.
J'ai exploré la précarité durant 6 mois dans un appartement délabré car je me suis faite manipuler par un artisan que je payais au noir.
C'est grâce aux pauvres qu'il y a des riches. La pauvreté est un concept vide de sens. Y a t il besoin d'en sortir ?
Mais le projet qu'on a mené n'es pas vide, lui.

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Le thème m'intéressait. J'ai une grand-mère qui a vécu14-18 et que ma mère a aidé en commençant à travailler à 13 ans. Participer à ce projet, c'était une manière de porter ces gens, dignes et courageux.
C'est la dimension universelle de l'humanité qui me porte.
Ça a fait changer mes représentations sur la pauvreté. J'ai découvert de manière plus forte que c'est un choix social d'exclure un certain nombre d'entre nous. Je le savais, mais j'en suis persuadée maintenant.
Cela a aussi réanimé l'espoir qu'on peut changer les choses chacun à notre petit niveau. On s'est portés entre nous et on a porté un spectacle.

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Dans mon travail, la plupart du temps je suis avec des gens pauvres économiquement. Mais il y a une grande asymétrie dans la relation puisque c'est un rapport professionnel. Ici tout ça explose, comme si il y avait un grand renforcement, un truc d'humanité. C'est un tour de force. Malgré la différence, on peut vivre ensemble.
Comme je cherche la solitude et que j'ai beaucoup de mal à la trouver, je me disais que ça allait être dur avec tout ce groupe. Mais j'ai trouvé ici surtout beaucoup de force. Ici, je suis porté par le groupe, alors que je porte souvent les choses seule.

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Le projet fait partie de ma vie. Je ne peux pas m'en passer. Je pensais pouvoir arrêter cette année. Je voulais prendre du temps pour mon couple. Mais je suis revenue
Au départ, je ne voulais pas participer à ce projet car ma mère a été très très pauvre et ça l'a beaucoup abimée. Nous avons porté sa pauvreté.
Quand j'étais petite, on se moquait de l'endroit où je vivais, parce que c'était un garage à camions que mon père avait acheté pour le retapé. Un jour, mon père a acheté du crépis pour que cela ressemble à une vraie maison de l'extérieur.
Au départ je me suis dit : « je ne suis pas pauvre donc je n'y participe pas ». Aujourd'hui, j'ai la chance d'avoir de quoi vivre et j'ai peur de rentrer dans le système. De m'installer avec mon mari, dans une sorte de société à deux.
Mais finalement la société réelle, c'est ce groupe.

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Je ne suis pas pauvre et je n'ai pas découvert la pauvreté cette année.
Avant, pour moi la pauvreté c'était l'isolement.
Aujourd'hui, je n'ai pas trouvé de solution pour agir de ma place car je pense que ce n'est pas à moi d'agir. Mais en tant que journaliste, je me suis dit que je ne pouvais pas rester dans le constat. La phrase du spectacle « on s'invitera à tous leurs colloques où ils parlent de nous à notre place » m'a fait réfléchir là-dessus.
Ca ne doit pas partir de moi mais je suivrai. S'il y a besoin de moi, j'y serai.

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Pour le moment je ne suis pas dans la précarité. Mais peut être qu'un jour j'y serai ?
J'étais étonné d'intégrer un personnage de manière aussi solidaire : comme les frontières sont fines entre les mondes !
Je me suis senti poussé « en arrivant sur le périphérique » ! ! ! !
J'ai accepté d'être défini par les autres et pas que par moi.
Ce projet était différent des autres, de par son thème et parce qu'il a été écrit et vécu avec les gens tels qu'ils sont et pas tels que l'on voudrait qu'ils soient.

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Quand j'ai rejoint le groupe, j'étais dans une précarité émotionnelle, pas économique. Ca m'a donné le sens d'appartenir à quelque chose d'humain. Ca a tout remis en branle dans ma vie : j'ai revu des amis que je n'avais pas vus depuis longtemps, avec ma famille aussi... Me sentir en lien, tout simplement.
Je viens d'un milieu bourgeois qu'on pourrait croire privilégié. Dans les improvisations, on bossait sur l'école. J'ai fait un mime de ce que je vivais, les autres devaient réagir. J'étais assise par terre, toute seule (pour moi c'était dans une cour d'école). Christian a dit : ça me rappelle quand j'étais dans la rue. Ca a été un choc pour moi. A travers cette image, on se découvrait des choses communes. Qui qu'on soit avant, on a des choses communes.

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Je me suis rendue compte que c'est pendant la période avant juin, durant la construction, que j'ai pris conscience qu'enfant, j'avais appartenu à ce monde là, au monde de "la pauvreté". Mais on ne le vivait pas ainsi. Ce n'était pas violent comme ça car tout le monde, autour, était ainsi. C'est à l'école que j'ai pris conscience qu'il y avait des gens d'horizons différents. Les thèmes justice-injustice, avoir le choix ou pas le choix sont mes thèmes, plutôt que riche-pas riche. Ce projet a bougé mon rapport au collectif. Depuis toujours je m'inscris dans des collectifs de lutte mais j'ai toujours été beaucoup dedans et un peu dehors -au bord, car je trouvais toujours une faille entre théorie et pratique (belles idées et concret pas toujours à la hauteur).
Ici, solidarité et fraternité sont une réalité. Il n'y a pas que les mots. Ca a provoqué l'envie d'être un peu moins en distance - je suis à l'heure, mon rapport au temps a bougé.
D'ordinaire, je ne suis à l'heure qu'au boulot. Pour Naje, je fais un effort aussi.J'ai hébergé Christian. Il partait seul pour Naje lorsque j'étais en retard. Je me disais que c'était con d'aller au même endroit et de partir chacun de son côté. Je me suis dit : en mémoire de Christian, je vais essayer d'être un peu moins en retard à Naje.

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Noella (elle n'a pu participer au bilan collectif alors elle nous a envoyé son impression par courrier quelques jours plus tard)

J'ai ressenti en jouant ce spectacle une très grande détresse qui m'a transportée plusieurs années en arrière dans ma vie de petite fille car je me suis aperçue que la pauvreté d'aujourd'hui n'a pas le même visage que celle de mon enfance. J'étais contente de jouer ce spectacle mais je n'étais pas heureuse car j'ai ressenti beaucoup de souffrance autour de moi, et chaque fois que je vois une personne qui dort dehors et qui fait les poubelles, je me sens inutile car je ne peux pas y faire grand chose. J'ai ressenti aussi une grande fierté de pouvoir jouer malgré que je n'étais pas dans le meilleur de ma forme. Mais ma fierté, je la transmet à toutes mes camarades et tous mes camarades du théâtre car ils m'ont fait ressentir en jouant que ça pouvait être dur d'être pauvre mais pas dégradant, que ce n'était pas une tare et qu'il n'y a pas lieu d'être honteux ou honteuse de ce que l'on est, car malgré la pauvreté, il y a la vie et ça c'est important. Voilà mon ressenti. Ce que ça m'a apporté : un grand soulagement car cette année le public a été meilleur que les autres années. Ca m'a aussi ouvert les yeux sur un autre monde, où il y a des nantis et des gueux et que malgré tout ça, je me suis aperçue que l'on est toutes pareilles et que nous ne sommes pas différents les uns des autres, car malgré tout, en jouant le spectacle, nous n'apportons pas que du désespoir et de la nostalgie mais nous rendons des gens heureux. A travers notre jeu, ils voient des pauvres autrement que des pauvres car malgré tout c'est pas donné à tout le monde de jouer des gueux.




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