Cie théâtrale N.A.J.E.
16 rue des Coquelicots
92160 ANTONY
Tél. : 06 82 03 60 83
Contact : Fabienne BRUGEL
fabienne.brugel@orange.fr


"La Culture, c'est ce qui fait lien entre les hommes;
Le Politique, c'est le contrat qui les lie."
"pauvres administrés" naje et les services publics


compte rendu des 5 premiers week-ends d'atelier-chantier sur les services publics
Ce travail est possible grâce à l'appui de la Région Ile de France et à celui de l'Acsé, grâce aussi au soutien logistique de la Fabrique des Mouvemetns à Aubervilliers et de la Parole Errante à Montreuil.

on trouvera dans ces comptes rendus nos travaux en interne (séquences théâtrales improvisées à partir des situations relatées par des agents des services publics qui les vivent) ainsi que les interventions de Dominique Plihon d'attac sur la dette et la crise, de Philippe Merlant sur la RGPP, de Suzanne Rosenberg sur l'intérêt général

Les 15 et 16 octobre, nous avons commencé notre travail sur la question des services publics.


Voici un bref compte rendu.

Les présents :

75 personnes étaient présentes : des usagers des services publics, des militants et des salariés de différentes services publics (des salariés municipaux de plusieurs villes, des travailleurs sociaux de Conseils Généraux, un retraité de l'aviation civile, des gens de l'Education Nationale, un égoutier, des gens de la psychiatrie, des gens d'Hôpitaux.

Le contenu :

Nous avons commencé par faire un jeu (espace stop) pour faire connaissance, faire groupe et entrer dans le sujet. Nous avons noté que, à la question quel est le service public le plus important pour vous, un grand groupe était dans l'éducation, un grand groupe dans la santé, un grand groupe dans la justice, un groupe plus réduit dans les impôts (sans impôts aucun service public n'existe) et certains n'ont pas voulu faire un choix disant que tous sont nécessaires.
Durant les deux jours, d'autres jeux ont été faits pour se dynamiser, se rencontrer, faire groupe… (les bombes, un nœud, un entrainement au chant).

Nous avons improvisé des situations concrètes relatées par des salariés de services public :

-  En travail social : les indicateurs de performance imposés aux assistantes sociales qui les amènent à renseigner des dizaines et dizaines d'items pour chaque personne rencontrée et amenant l'entretien à une longue série de questions au détriment de l'écoute des personnes.


-  En Education Nationale : deux situations ont été abordées : 1/ Le traitement de professeurs stagiaires dans l'Education Nationale (ceux qui n'ont pas eu de formation et sont embauchés). 2/ L'impossibilité de faire avec des classes de 35 élèves et la lutte menée.


-  En mairies :1/ la précarisation de plus en plus importante de personnels. 2/ L'empilement des taches dans un service et la mise au pas des personnels par une mairie.


-  En santé : 1/ Les urgences à l'hôpital avec les consignes de ne plus garder les gens à la rue mais aussi l'envoi des gens vers des cliniques privées par manque de lits.2/ La privatisation de l'hôpital à travers l'histoire de l'Hôpital de Meaux. 3/ La lutte en cours pour le maintien du Centre de Santé Municipal du 11ème. 4/ La mise en place de la loi d'aout en psychiatrie instituant l'obligation de soins et ce qui en découle dans la réalité pour les malades, leur famille et pour les hôpitaux.


-  En assainissement de l'eau : les ententes frauduleuses en Ile de France avec les opérateurs privés et l'exemple d'une ville où la taxe d'assainissement à baissé de moitié suite à la reprise en régie apr la mairie de l'assainissement.


-  La RGPP dans l'aviation civile faisant que certaines prestations spécifiques (indemnités prenant en compte la non cotisation pendant la guerre) dues à des fonctionnaires ne sont pas versées avant un délai de plusieurs années soit ne sont pas versées du tout.


-  Du coté usagers, nous avons choisi de remettre à plus tard les récits d'usagers pour prendre en priorité les récits de salariés de la fonction publique. Nous avons néanmoins improvisé une histoire concernant le manque de logements sociaux. Nous en improviserons d'autres les prochains wends notamment des situations à la Préfecture, à Pole emploi…

En bilan, nous nous sommes dit que :


Le fait de travailler sur plusieurs services à la fois met en évidence les processus qui sont à l'oeuvre partout et leurs mécanismes de mise en place. Nous avons noté quels mots sont répétés qui cachent la réalité, l'utilisation de l'évaluation…

-  Nous tacherons d'improviser en parrallèle les points de vue des usagers et les points de vue des salariés pour chaque service.

-  Nous improviserons moins de situations pour avoir le temps de faire forum pour creuser les enjeux et mécanismes et pour chercher comment agir.

-  Nous tacherons d'inviter des gens de services publics non représentés ce premier wend : Pôle emploi, Police, Justice, Impôts, CAF, Sécurité Sociale, Equipement, SNCF, la Poste …..

-  Le groupe constitué est mobilisable pour accompagner des luttes en cours.

Les 19 et 20 nov se déroulait notre deuxième week-end d'atelier sur la casse des services publics.

Nous sommes 45 cette fois ci.

Le samedi 19 nov : A/les jeux B/l'intervention sur la RGPP C/les improvisations


A/ les jeux
Comme toujours, nous commençons par un temps de jeux pour entrer dans le travail, faire groupe, expérimenter des choses (chant en chœur, miroir, hypnose collective).

B/ l'intervention sur la RGPP
Puis nous écoutons Philippe Merlant, journaliste qui nous a préparé une intervention sur la RGPP (révision générale des politiques publiques). Il commence par demander qui, dans le groupe, se sent apte a expliquer ce que c'est, qui en a déjà entendu parler et qui ne sait pas du tout de quoi il s'agit. Le résultat est confondant : 2 personnes pourraient expliquer ce dont il s'agit et un tiers de notre groupe n'a jamais entendu parler de RGPP ; alors que la RGPP a été présentée comme une opération gigantesque, la majorité des citoyens n'en entendent pas parler.

1. Les origines de la RGPP
Dès les années 1980, avec les débuts de l'idéologie néo-libérale, l'idée se développe d'appliquer au public les principes du privé pour le rendre plus efficace (par les gouvernements de gauche comme droite). Pourtant cette politique n'arrive pas à enrayer l'augmentation du nombre de fonctionnaires : entre 1980 et 2007, ce nombre augmente de 36 %, essentiellement dans la fonction publique territoriale.
En 2001 sera voté la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances) qui met en place un mode de calcul et d'évaluation du budget de l'état avec indicateurs dans une logique de performance. On commence à parler de « culture du résultat ». La LOLF réorganise tout et découpe le budget de l'Etat en 34 missions, dont dépendent 132 programmes, qui organisent eux-mêmes 580 actions. La mise en place de ces indicateurs d'évaluation va amener à changer les manières de travailler des services publics : par exemple, un des indicateurs de la police est le nombre de garde à vues, ce qui amène les policiers à chercher plus du côté des petits délinquants, faciles à cerner, que vers des trafics plus importants, pour lesquels les enquêtes sont beaucoup plus difficiles et longues. De même, en matière de santé publique, l'obligation qui est faite de remplir des indicateurs pousse à redécouper les phénomènes d'addiction (alcool, drogues, cigarettes, jeux, médicaments…) au lieu de tenter une approche globale de l'addiction. Vouloir tout mesurer est une stupidité.
Cette obsession du chiffre modifie le travail des fonctionnaires : « Dans les services vétérinaires, on a atteint plus de 200 indicateurs à contrôler ; Comment voulez-vous piloter quelque chose avec 120 compteurs ? », explique un ancien directeur départemental de ces services.
L'idée forte de Sarkozy-Fillon avec la RGPP, c'est de « tout mener en même temps » (les statuts, l'organisation, les budgets, le management…) et à toute vitesse. C'est la première fois depuis la Révolution que la France engage un tel chantier.

2. Le discours : vérités et mensonges
Jean-Michel Drevon, de la FSU (qui viendra le prochain week-end nous parler du New Public Management), explique à propos de la RGPP : « Il faut reconnaître à Sarkozy et Fillon le mérite de la cohérence et de l'affichage des objectifs. Le mensonge, c'est de dire qu'on aura de meilleurs services publics et que les fonctionnaires travailleront dans de meilleures conditions. » En 2007, le thème est peu présent dans la campagne de Sarkozy. Là-dessus, le candidat de l'UMP fait preuve d'une grande discrétion. Mais ce grand chantier est ouvert dès juillet 2007 sous le slogan « Faire mieux avec moins ».
C'est le Premier ministre, François Fillon, qui lance officiellement la RGPP le 10 juillet 2007. Voici quelques extraits de son discours :
« Auparavant, il était d'usage de procéder étape par étape, ce qui n'était que faussement rassurant puisque cela obligeait en fait à perturber régulièrement l'équilibre du système pour progresser. Tout traiter en même temps est au contraire un gage de succès, même si cela exige une concentration d'efforts et une mobilisation exceptionnelles. »
« Pour moi, il n'y a pas une France du public face à une France du privé, mais une seule France qui marche du même pas, avec les mêmes valeurs, les mêmes ambitions, les mêmes objectifs. »
« Cette exemplarité va de pair avec une demande d'autorité de l'État qui s'est exprimée fortement lors des élections. »
« Ces démarches [précédentes] ont eu le mérite d'acclimater l'administration à la nécessité de se réformer. »
« Pour la première fois, nous allons dépasser la logique des moyens et nous interroger sur les fins de toute action publique. Pour la première fois, nous mettrons un terme à l'idée selon laquelle la puissance d'un ministère se mesure à la croissance de ses crédits. Pour la première fois, nous allons nous poser la question de la légitimité de toutes nos dépenses publiques. » « Si nous nous bornons à ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux comme nous l'avons promis, si nous nous bornons à une réforme comptable et arithmétique sans voir au-delà, nous risquons de désorganiser nos services publics et d'accroître le mal-être de nos fonctionnaires. »
Et c'est pourtant exactement ce qu'ils vont faire. • D'abord en faisant déraper progressivement les objectifs de la RGPP.
Dans le document officiel de lancement, six objectifs sont fixés à la RGPP : « Responsabiliser par la culture du résultat » ne vient qu'en cinquième ; et « Rétablir l'équilibre des comptes publics et garantir le bon usage de chaque euro » en sixième et dernier.
Pourtant, dès le 10 octobre 2007, François Fillon annonce : « La réforme de l'État supposera que chacun d'entre nous accepte qu'il y ait moins de services, moins de personnel, moins d'État sur son territoire ».
En septembre 2008, on annonce déjà qu'« il s'ait d'ancrer une véritable culture du résultat ». En 2009, Fillon affirme qu'« il n 'y aura pas de retour en arrière ». Le troisième rapport d'état de la RGPP, présenté par Éric Woerth, ministre du Budget, en décembre 2009 se félicite de la suppression de 100 000 postes de fonctionnaires de 2007 à 2010 (en revanche, les déficits publics ont bondi avec la crise !). Et souligne : « L'objectif global de non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux dans la Fonction publique d'Etat sera conservé pour le prochain budget triennal ». Progressivement, cette règle du non-remplacement qui n'était présentée que comme un des outils de la RGPP en est devenu l'objectif central. • Ensuite, en oubliant complètement les questions posées au départ : tout remettre à plat, qu'est-ce qu'on fait, qui le fait, comment, à quel prix ?. En fait la RGPP n'a rien d'une révision globale. « On n'a jamais eu une réunion sur la qualité de service pour l'usager », affirme un ancien cadre d'une DDA (Direction départementale de l'agriculture). D'ailleurs, quand celles-ci ont été fusionné avec les DDE (Directions départementales de l'équipement), aucune évaluation n'a été faite des sept départements où la fusion avait fait l'objet d'un test : on a tout de suite généralisé à tous les départements.
. Enfin, en rendant la RGPP complètement illisible, incompréhensible pour le citoyen de base. 374 mesures sont adoptées entre décembre 2007 et juin 2008 par le CMPP (conseil de modernisation des politiques publiques). On y trouve aussi bien la réorganisation de la semaine scolaire, les bracelets électroniques pour les détenus en fin de peine, les nouvelles plaques d'immatriculation (mais aussi les impôts en ligne, la nouvelle organisation des centres de rétention ou le rattachement des gendarmes au ministère de l'Interieur)… C'est un véritable catalogue à la Prévert. A l'inverse, certaines réorganisations font l'objet de lois et décrets autonomes, qui ne sont pas mis dans le pot commun de la RGPP : les réformes dans l'Éducation nationale, par exemple.
La réforme des collectivités territoriales (qui fusionne les conseillers généraux et conseillers régionaux et rend obligatoire l'adhésion d'une commune à un syndicat intercommunal) est également à part de la RGPP. Mais le discours qui légitime cette réforme est exactement le même. Comme l'explique Sarkozy le 20 octobre 2009 en annonçant cette réforme à Saint-Dizier : « C'est un déni de démocratie que de ne pas permettre aux électeurs de savoir qui fait quoi, qui dépense quoi, qui est responsable de quoi, ni aux élus d'être jugés sur des politiques dont ils ont réellement la maîtrise. Et quand tout le monde s'occupe de tout, soit personne ne s'occupe de rien, soit on gaspille par une logique de concurrence, de saupoudrage et de guichet. »

3. La RGPP dans les faits
• La RGPP, c'est d'abord la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, règle appliquée de manière mécanique dans toute la Fonction publique (5 millions de fonctionnaires), puis étendue à plus de 640 organismes « opérateurs de l'État » (Météo France, musées…) qui regroupent 370 000 agents. A Beaubourg, où plus de la moitié des agents ont plus de 50 ans, 26 emplois devaient être supprimés en 2010, et le personnel s'est mis en grève pendant près d'un mois… sans obtenir grand chose ! Même la Cour des comptes a dénoncé dans un rapport cette règle appliquée de manière systématique, « dictée par des considérations budgétaires de court terme » et sans « réflexion prospective d'ensemble sur l'évolution des missions et des besoins ». • Conséquence pernicieuse de cette démarche stupide : pour faire coller cette règle automatique avec la réalité des besoins, il va falloir inciter les fonctionnaires à la mobilité. Ce qui donne une justification supplémentaire à la loi sur la mobilité dans la fonction publique, votée en août 2009 et « indispensable pour permettre de passer d'un ministère à l'autre », explique-t-on à Matignon. Si l'on reconnaît que, suite à la fusion des structures, « des directeurs qui n'ont pas démérité ne vont pas garder un tel poste », donc que « les possibilités globales sont réduites », c'est pour ajouter que « les possibilités individuelles vont s'élargir ». Cette loi stipule tout de même qu'un fonctionnaire peut être mis en disponibilité d'office s'il a refusé trois offres d'emploi correspondant à son grade.
• Par ailleurs, les services décentralisés de l'Etat dans les départements et les régions sont fusionnés les uns avec les autres et passent tous sous l'autorité du Préfet de département et du préfet de Région. L'ensemble des secteurs de l'état passe ainsi sous l'autorité directe du Ministère de l'intérieur. C'est une sorte d'« État policier » qui se met en place. Ce n'est pas un affaiblissement de l'Etat, mais une augmentation de son pouvoir de contrôle.
• Tout cela se fait généralement dans l'improvisation la plus totale, notamment pour la réforme de l'organisation territoriale de l'Etat fixée au 1er janvier 2010 (concernant 250 000 fonctionnaires). A 15 jours de l'échéance, les agents des futures directions fusionnées ne savaient pas quel serait l'organigramme, ni leur fonction exacte. Qu'importe, on continue. L'essentiel, c'est de respecter le calendrier. Ne pas caler. Tout irait-il trop vite ? En septembre 2009, une directrice départementale de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) s'est jetée du troisième étage des locaux parisiens de cette administration en pleine restructuration, prononçant juste avant de perdre conscience : « La RGPP m'a tuée ». Dans un témoignage à son syndicat, un mois et demi après sa tentative de suicide, cette directrice, connue comme une « fonctionnaire zélée » et s'affirmant « partisane de la RGPP » : « J'ai failli mourir de la surdité d'une institution qui n'entendait pas que tout allait trop vite » ; et encore : « L'accélération des transformations en un temps trop court mettait à mal la mission éducative de l'institution ».
• Enfin, on ne cesse de mettre en avant les « sureffectifs » en expliquant aux chefs qu'il faut se débrouiller avec ça. Tout semble se réduire « à l'aune des impératifs financiers et des suppressions de postes », selon Michel, ex-secrétaire général de la DDEA, intégrée au 1er janvier dans la Direction départementale du territoire (DDT) : dès sa création, le sureffectif a été chiffré à 40 postes. « On nous dit qu'on peut avoir un sureffectif provisoire tout en nous demandant de nous débrouiller pour redéployer le personnel : c'est le double langage », explique Michel. Les contractuels vont d'abord servir de variable d'ajustement. Comme ça ne suffira pas, il faudra « pousser les fonctionnaires à la mobilité ou à chercher dans le privé ». Ainsi se met en place la même logique qu'à France Télécom.

C/ les improvisations
Après débat et questions, nous nous divisons en 3 sous groupes qui vont reprendre des points de l'intervention en jeu et un sous groupe qui va relater des situations concrètes qui semblent directement issues de la mise en place de la RGPP :

1/ Un groupe se lance dans trois improvisations sur la consigne : 10 cadres, 1 préfet. A la fin de l'improvisation, le préfet doit n'avoir plus qu'un cadre. Il s'agit d'une improvisation en non verbal, les cadres ont la possibilité de mettre en œuvre toutes les stratégies qu'ils veulent pour tenter d'être celui qui restera.

2/ Les nouveaux critères d'évaluation - indicateurs - arrivent au commissariat, comment s'organisent les agents, certains pour être bien évalués, d'autres pour faire leur travail comme ils pensent qu'il doit être fait, d'autres tentant les deux ? Qu'est ce que cela produit sur l'équipe ?

3/ 10 salariés font un travail. Le même travail doit être réalisé par 9, puis par 8 puis par 5. Qu'est ce qui se passe pour les salariés, pour le service, pour le travail produit ?

4/ Le 4ème groupe et ses récits : le groupe a récolté une dizaine de récits dans lesquels il n'est pas possible de démêler ce qui est issu de la RGPP et ce qui ne l'est pas. Il nous relate en quelques mots 4 situations : ...Une bibliothèque fait appel au bénévolat pour arriver à assumer la charge de travail qui ne peut plus l'être par les salariés en sous effectif.(on a aussi vu des pompiers vendre des calendriers non pas pour avoir des pourboires à se partager mais pour acheter du matériel dont ils ont besoin).
...Les RAZED : diminution des postes :12 maîtres E il y a 8 ans à 6 maîtres E il y a trois ans dans son secteurs, et cette année, il n'en reste que 3,5 pour travailler sur 20 écoles donc l'inspecteur répartit le travail de la manière suivante : le premier trimestre, on ne fait que les CE1, le deuxième trimestre on ne fait que les CP et le troisième trimestre on ne fait que les grandes sections. Ainsi il n'est plus possible de travailler correctement et de servir aux enfants et aux enseignants. Bientôt on aura fait la preuve que le razed ne sert à rien et on pourra l'enlever sans que personne ne râle.
...Le département employeur des assistantes sociales est étranglé financièrement. Les as remplissent des statistiques sur les personnes reçues qui se densifient tous les ans. Cela amène a des moyennes par service, à la mise en concurrence des services et au redéploiement des postes. Les tâches invisibles ne sont pas valorisées puisqu'elles ne peuvent entrer dans les statistiques. Allons nous continuer à les faire ou allons nous nous limiter aux taches valorisées ?
...4 mois d'attente pour obtenir un rendez vous en stomatologie à l'hôpital public. Puis pour obtenir un rendez vous pour un examen en cardiologie, le stomatologue conseille d'aller dans le privé qui me prend quelques jours plus tard.

Le dimanche 20 novembre :A/le théâtre-images B/le 115 C/Retours sur le we


La journée est dédiée au théâtre images puis au début du récit de la situation au 115.

A/ Le théâtre images :
Nous formons quatre sous groupes qui produisent chacun deux images par participant sur deux consignes au choix :
1/ Pourquoi a t on besoin des services publics (1ere image) et qu'est ce qui serait s'ils n'existaient pas (2eme image)
2/ Qu'est ce qui ne va pas dans le service public (1ere image) et ce serait quoi l'image idéale (2eme image)

Nous mettons ensuite une partie des images produites en travail dans le grand groupe pour commenter les images, les modifier…
Ce travail nous amène à nous interroger sur certaines notions :
le lien social, ça veut dire quoi, qui est responsable ?
faire société ensemble, pourquoi. Quelles en sont les conditions ? Qu'est ce qui fait société ?
C'est quoi l'intérêt général ?
C'est quoi un Contrat social ?
C'est quoi les conditions d'une démocratie ?
Qui détermine le rôle des services publics ? comment ?
Qui a besoin des services publics et qui a besoin de les casser ?
Dignité, écoute, temps non compté, égalité de traitement, redistribution, solidarité…. Et services publics ? ? ?
Servitude volontaire ?
Moins de service publics veut il dire moins d'état ? Décentralisation, concentration….

Nous demandons à Suzanne de prévoir pour la session de décembre voire janvier de nous faire travailler sur la notion d'intérêt général.

B/ la situation au 115
Nous finissons la journée par un récit d'une salariée du 115

Hors hiver, 3000 appels. 5000 appels en période hivernale.
5000 personnes logées par jour soit 250 personnes isolées et 1500 familles.
La période la plus terrible n'est pas l'hiver car il y a plus de moyens pendant l'hiver et des relais avec les charitatifs. Cet été, beaucoup de gens sont restés dehors y compris des familles avec bébés et des femmes sortant de la maternité. Les politiques ont répondu que la rue n'est pas un danger. Nous avons fait beaucoup de grèves, sans résultat, et nous sommes épuisés.
Des assistantes sociales ont été mises en place qui vérifient ce que els gens déclarent pour entrer, s'ils ont fait de fausses déclarations, ils sont virés. Ils doivent aussi s'engager à un contrat social : les assistantes sociales mettent en place des objectifs à la fin des entretiens, par exemple la personne doit s'engager à faire son dossier pour obtenir l'aide médicale … Cette nouvelle procédure permet aussi de comptabiliser les sans papiers.
Ce début d'exposé sera repris le prochain wend pour être mis en travail.

C/ un mini bilan
Nous terminons par un retour par ceux qui le souhaitent :

-  Importance du travail des images mais j'ai aussi besoin de conceptualiser avec les grands penseurs.
J'ai hate de chercher comment agir concretement.
J'ai aimé l'intervention sur la RGPP, je ne connaissais rien à ça.
Pour moi, la partie théorique est essentielle.
Je trouve qu'on devrait travailler sur LE casse des services publics, le holdup
J'aime partir du concept pour arriver à la pratique
Je viens pour chercher à comprendre les mécanismes, pour travailler sur du micro, pour comprendre ce que cela fait sur nous, pour chercher des pistes d'action…
La dernière fois, je trouvais que l'usager n'avait pas eu de place. Cette fois avec les images nous avons eu notre place d'usagers.
J'aimerais qu'on aille aussi sur des lieux de lutte pour les services publics
On aperçoit de plus en plus l'isolement, le vide, une inexistence qui se prépare.
Je veux parler la prochaine fois des services pénitentiaires, de leur privatisation, à travers mon expérience de la prison.
J'ai fait l'ENS, une école qui forme les élites, je n'y ai pas entendu parler de la notion d'engagement.
L'iufm n'existe plus qui rémunérait des gens pour leurs études en contre partie d'un engagement à enseigner et qui pouvait s'ouvrir ainsi à tout le monde. Les études sont maintenant payantes.

Nous prévoyons pour le wend de décembre :
une intervention de Jean Michel Drevon sur le New Public management
un temps de travail sur l'intérêt général avec Suzanne Rosenberg
la mise en scène de la situation du 115
le compte rendu du travail réalisé par NAJE hors week ends avec des chômeurs, des salariés, des élus de Morsang sur Orge sur la question de Pôle-emploi et la réimprovisation des séquences qu'ils auront créées.
Le compte rendu du travail fait hors week-ends avec les précaires CGT de la Ville de Paris réalisé par Catherine et qui se poursuivra en janvier et éventuellement un travail d'enrichissement des séquences crées par catherine et ses collègues.
et la poursuite du travail sur l'éducation nationale, l'hôpital, la poste,....

Nota : Le travail avec les assistantes sociales du 93 reprendra en janvier (une séance supplémentaire de travail est prévue avec elles le samedi 14 janvier matin ce qui leur permettra de faire forum avec tout le groupe sur leurs scènes dès le début d'après midi.
De même, les deux policiers qui se sont portés volontaires seront là en janvier mais pas en décembre.

Le rendez vous est donc pris le samedi 17 décembre à 13h Ce sera à priori à la fabrique du Mouvement, 5 rue de Valmy à Aubervilliers Attention, nous risquons de devoir changer de lieu pour le dimanche alors si vous n'êtes pas avec nous le samedi, contactez nous au 06 82 03 60 83 pour vérifier où nous sommes dimanche.

CR Fait par Fabienne et Philippe.


Les 17 et 18 décembre 2011 se déroulait notre troisième week-end de travail sur la casse des services publics. Au programme : une intervention de Dominique Plihon sur la crise et la dette de l'Etat, de nouvelles créations de scènes sur les services publics, une intervention de Suzanne Rosenberg sur la notion d'intérêt général et un travail théâtral sur la situation du 115.

Cette fois nous sommes un peu plus de 50 personnes.

Le samedi 17 décembre
A/ Nous commençons par passer 2h30 en compagnie de Dominique Plihon, économiste et membre du comité scientifique d'Attac afin de mieux comprendre les enjeux de la crise et de la dette de l'Etat.

Sa vision de notre sujet est politique. C'est une vision alternative que nos défendons à attac car nous estimons que nous allons droit dans le mur avec les politiques actuelles. L'on nous dit que la dette publique empêche toute marge de manœuvre et qu'il n'y a pas d'autre alternative qeu de faire des coupes sombres dans les budgets. C'est cette vision des choses qui s'impose dans les têtes. Attac s'oppose à cette vision.

LA CRISE
La crise actuelle est plus grave que la crise de1929. Elle dure et durera plus et elle a des conséquences économiques et sociales très importantes. Elle se transmet à la production et à l'emploi. Nous sommes en récession (à cause notamment de la politique d'austérité). Attac dit que c'est une crise systémique : crise du capitalisme financier. Elle est multidimentionnelle : financière, économique et écologique. Elle est sur tous les plans et a une ampleur énorme. C'est tout note système de pensée et d'organisation qu'il faut repenser.

LA DETTE
Il y a la dette privée, c'est à dire celle des particuliers, des entreprises, et il y a la dette de l'Etat et des collectivités locales (elle s'endettent pour construire des équipements collectifs, des routes, des écoles…)
Depuis 2008, la dette de l'état a augmenté brutalement. Elle est passée de 60% à 80% du PIB notamment parce que l'Etat a secouru les banques privées (la règle européenne était que la dette ne devait pas dépasser 60% du PIB et la plupart des états y arrivaient avant 2008).
Les études qui ont été faites par les économistes montrent que le probleme n'est pas les dépenses mais que le problème est les recettes (voir plus bas). C'est quoi les ressources d'un état : les impôts tout d'abord (impôts directs et TVA) et puis les emprunts : les obligations que l'Etat émet sous forme de bons du trésor.
Les états ont augmenté leur dette pour aller au secours du secteur privé défaillant en faisant des plans de relance (la prime à la casse, l'aide aux investissements, les aides à différents secteurs d'activité) en renflouant les banques.

POURQUOI L'ETAT SAUVE T IL LES BANQUES ET POURQUOI LES SOCIALISER ?
Les banques ont interdépendantes entre elles, elles se pretent de l'argent les unes les autres et si une banque craque, elle entraîne les autres dans sa chute (effet de domino) et tout le systême bancaire peut alors s'écrouler ce qui n'est pas possible car la crise du système bancaire entraine tout. Voir la crise de 29. Si Renault, fait faillite, c'est grave mais cela ne provoque pas de propagation aux autres secteurs de l'économie. S'il n'y a plus de moyens de paiement, tout est absolument bloqué. A cause de cela, attac dit que la banque est un service public, que la monnaie doit être gérée par la société, par les acteurs de la société civile. Car l'on ne peut laisser cela entre les mains de personnes qui dirigent les choses dans leur seul intérêt financier.
La France a déjà par le passé nationalisé ses banques : en 36, après la guerre de 45, entre 81 et 83. En 1983, l'Etat était actionnaire unique de toutes les banques françaises (BNP, Paribas, La Société Générale… ) Seules les banques coopératives ou mutualistes c'est à dire détenues par leurs clients n'avaient pas été touchées (Crédit Agricole, Crédit Coopératif, Crédit Lyonnais… ). Mais toutes les banques y compris les nationalisées sont entrées dans une logique capitaliste qui ne peut être tolérée, cf le scandale du Crédit Lyonnais. C'est pour cela qu'attac dit qu'il faut non pas nationaliser les banques mais les socialiser, pour qu'elles passent au contrôle des citoyens et non au contrôle exclusif de l'Etat.

LA BANQUE CENTRALE EUROPEENNE
La Banque centrale Européenne coiffe les banques nationales de chaque pays.
La Banque Centrale a deux fonctions :

-  veiller au bon fonctionnement du sustème bancaire en surveillatn ce qui se passe, en créant de la monnaie au besoin pour la faire circuler entre les banques.
-  faire la politique monétaire. La BCE par exemple tâche d'agir sur les taux d'intérêt en les faisant monter ou descendre selon ses objectifs (elle monte les taux d'intérêt quand elle veut limiter les emprunts et diminuer l'inflation, pour cela elle monte ses propres taux d'interêt pour ses prets aux banques et les banques répercutent cette hausse sur les prets qu'elles font aux particuliers et aux entreprises)

La BCE ne fonctionne pas comme la banque des Etats Unis. La BCE n'a pas le droit de preter de l'argent aux Etats européens. C'est un vrai problême car en période de crise, les Etats en auraient bien besoin car ils pourraient obtenir des taux d'intérêt faibles. Chez nous, Pompidou fait voter en 1973 une loi interdisant à la BCE de préter de l'argent à l'Etat et l'Etat doit donc dorénavant emprunter aux banques privées et payer les taux d'intérêt aux actionnaires. (la Grèce emprunte à un taux de 22%). Aux Etats Unis ou en Angleterre, la banque centrale achète de la dette publique à des taux d'interêt inféreiurs à ceux du marché, dun coup les marchés n'ont pas de problème avec la dette publique et ont confiance en les capacités de l'Etat à rembourser. Car la monnaie repose sur la confiance en la banque centrale. Si la confiance n'est plus là, les acteurs ne veulent plus de cette monnaie là et se tournent vers des monnaies d'autres pays. Nous avons de la chance, il y a encore de la confiance en l'euro. Pourvu que cela dure.
A partir de 1986, nous avons reprivatisé les banques. Le Crédit Local de France qui peétait aux collectivités locales est privatisé, il fusionne ensuite avec une banque belge pour devenir Dexia. Dexia poussera les collectivités locales à prendre des produits bancaires toxiques ce qui leur fera perdre beaucoup d'argent. Avec la crise, comme les collectivités locales ne pouvaient plus rembourser leurs emprunts, Dexia plonge et la BCE doit renflouer Dexia pour ne pas prendre le risque de l'effet domino.
La Banque populiare et caisse d'epargne (BPCE) Natixis à perdu 6 milliards dans les subprimes . Nous l'avons renfloué sans la nationaliser.

BANQUE DE DETAIL ET BANQUE D'AFFAIRES
Les banques font maintenant tout : elles prêtent et gèrent l'argent des particuliers mais elles font aussi de grosses affaires, organisent les fusions entre les grandes entreprises… Elles sont devenus des mastodontes financiers. La demande d'attac est de séparer la banque d'affaire de la banque de détail car on risque de couler l'épargne populaire avec les pertes des grosses affaires. Roosevelt avait séparé banque de détail et banque d'affaires en 1933 pour diminuer l'impact du krack bancaire mais Clinton a annulé cela ensuite. Les Anglais sont en train de tenter une mesure qui va dans ce sens. Pas nous.

LA CRISE DE LA DETTTE ET SES CAUSES
Il y a une crise de la dette privée (les subprimes apr exemple, la dette des ménages espagnols. ..) qui a du être prise en charge par les états Cette crise a entrainé une crise de la dette publique. Mais les raisons de la crise de la dette remontent à plus loin, au concept d'état néolibéral.

C'est quoi l'état néolibéral ?
On le date aux années Tatcher Reagan, fin des années 70. Ils développent ce concept, jsqu'au consensus de Washington qui oblige les états sous développés à entrer dans le libéralisme.
L'état libéral est encore plus omiprésent et autoritaire et prédateur et centralisateur qu'avant. Il travaille pour les intérêts des classes dominantes.

Entre 1980 et 2000 la dette publique des Etats a augmenté car la fiscalité à diminué. En France les dépenses publiques n'ont pas augmenté plus vite que le PIB. C'est donc du coté des recette de l'Etat qu'est le problême, pas du coté de ses dépenses. On a libéralisé la sphère financière et les investisseurs ont mis en concurrence les travailleurs des différents continents ce qui a eu pour résultat que les salaires ont augmenté très lentement (d'ou diminution des impots même si les taux d'imposition sur les salaires ont augmenté) alors que les bénéfices des actionnaires augmentaient (ils sont très peu imposés). Les grosses entreprises se localisent là où elles paient le moins d'impots et là où les subventions sont fortes (elles ont souvent plus de subventions qu'elles ont d'impôts) et l'on note que les impôts sur les sociétés sont passés de 50% à 32% aujourd'hui. Ainsi, attac dit que le mal est lié à la fiscalité plus qu'aux dépenses de l'Etat et qu'il faut donc faire une réforme fiscale.

LES NICHES FISCALES
Les niches fiscales représentent 70 milliards par an soit la moitié du déficit de l'Etat. Si on les diminuait pour qu'elles ne soient plus qu'à 20 milliards, on aurait enclanché un processus qui stabiliserait la dette. Certaines niches doivent être conservées par exemple celle qui est constituée par la prime à l'emploi mais d'autres sont des cadeaux à ceux qui n'en ont pas besoin (par exemple la loi sellier qui degrève les impots de ceux qui construisent des logements en vue de les louer, les plusvallues sur les ventes des chevaux de courses qui sont dégrévées, les pipes de St Claude, les antiquaires, les heures supplémentaires, le crédit impot recherche pour les entreprises alors qu'elles font passer sous recherche des frais qui n'en sont pas parce qu'elles sont très peu contrôlées sur ce point… )
Vouloir réduire les dépenses publiques en diminuant les fonctionnaires n'est pas la solution et est absolument contre productif.
Pour note il faut savoir que la France consacre 5% de son PIB aux dépenses de santé alors que les Etats Unis y consacrent 8%. L'on s'arrange pour que nous pensions tous le contraire.

LES IMPOTS
La France est le pays où les niveaux des cotisations sociales et des impôts sur le revenu sont les plus forts, en contrepartie nous avons de vrais services publics : des hopitaux, des routes… c'est le passif de la dette.
C'est ce que nous léguerons à nos enfants. Ainsi il n'y a pas de raison qu'ils ne paient pas aussi pour ces équipements qu'ils vont utiliser pendant des années. Pour Dominique, un état doit être en déficit. Il fait des investissements sur plus de 50 ans donc il est normal qu'il s'endette. Un état bien géré est endetté.
Nous notons que d'autres pays ont des taux d'imposition très élevés : ce sont les pays nordiques et ce sont ceux qui s'en sortent le mieux actuellement.
Les capitalistes veulent tout privatiser parce que leur intérêt financier est là, parce que l'au privatisée est plus chère que l'eau publique, parce que la santé privatisée aux Etats Unis est plus chère que la santé publique chez nous… et donc rapporte plus.
Il faut rappeler à quoi servent nos impôts : à donner accès à tous aux services, y compris à ceux qui ont de faibles moyens. Les impots c'est la condition pour moins d'inégalités. Or l'on tache de nous convaincre que la privatisation c'est bien, on culpabilise les gens du public comme s'ils ne faisaient pas bien, comme s'ils étaient moins efficaces et on fait croire cela aux usagers. Voir la notion de gouvernementalité chez Michel Foucault.

LES AGENCES DE NOTATION
Qui est derrière ce que nous appelons les marchés ? Les fonds de pension, les fonds mutuels : SICAV, Assurances vie (ils placent en bourse les fonds des particuliers), et les banques (qui achètent des titres, font des produits qu'ils revendent…)
Et puis il y a les agences de notation. Leur métier est de noter les emprunteurs (mieux l'emprunteur est noté plus bas sont les taux de remboursement de son emprunt). Elles notent donc les états, les collectivités locales, les entreprises… qui empruntent.
Il y a des notes directement demandées par les emprunteurs qui paient les agences de notation pour cela et des notes non sollicitées (les états).
Les agences sont très puissantes, il y en a essentiellement trois et elles sont indéboulonnables, même par un gouvernement. Leurs lobystes sont puissants. Les agences appliquent aux états les grilles d'analyse prévues pour les entreprises ce qui est incohérent et amène a de grandes incohérences.

DETTE ILLEGITIME ET POUVOIR CITOYEN
Il y a des états qui ont annoncé qu'ils ne rembourseraient pas une partie de leur dette. A Attac, nous demandons une audit citoyenne de la dette pour déterminer quelle partie est illégitime (par exemple la partie qui est due aux aides données à la partie riche de la population).
Les islandais ont vu que leur gouvernement renégociait une dette avec les banques et ils ont pétitionné pour obtenir un référendum qui a annulé cela. Un an après leur gouvernement a recommencé et ils ont refait pétition pour référendum et ils ont annulé ainsi une partie de leur dette.

En Argentine, en 2003, Kirchner a refusé de payer sa dette et en a annulé toute une partie ce qui a permis au gouvernement de sortir de la crise.

B/
Après une courte pause café, nous faisons quelques jeux :

-  un échauffement physique bref car la salle n'est pas très chauffée

-  le passage du clap en cercle

-  le bruit de la pluie

C/
Puis nous nous répartissons en 6 groupes d'improvisation à partir de 6 situations portées par des participants :

-  Désorganisation au Trésor Public dans les recouvrements de loyers (lorsque la machine à traiter les chèques tombe en panne, que des agents sont en maladie, que le nouveau logiciel n'est pas du tout au point, que les paiements des impayés classés sans suite sont quand même acceptés avec de « faux documents d'appel »). L'improvisation est dirigée par un agent du trésor Public qui vient de démissionner.


-  La poste du point de vue des usagers avec les nouvelles machines, les consignes des agents de ne plus remplir les papiers des gens qui ne peuvent le faire eux-mêmes, les divers produits que les agents doivent essayer de vendre (les enveloppes pré timbrées, les colis, les téléphones, les cartes…). Il y a aussi la visite d'un client mystère (contrôle des agents).


-  Le processus de changement d'une équipe de cadres dans une mairie : l'on pousse les anciens à partir pour les remplacer par de nouveaux qui vont accepter de restructurer les services afin de faire plus avec moins d'agents. 75% des cadres ont ainsi été remplacés. L'improvisation est dirigée par des agents municipaux d'une ville qui relatent comment les choses se sont exactement passées.


-  Quand Sodexo a dans la prison le contrat concernant les repas, la cantine ( vente interne de produits aux détenus), l'emploi (travail des détenus) et la formation des détenus (les documents de fin de formation sont estampillés au nom de la structure qui a fait la formation qui n'en fait qu'en prison si bien que les employeurs futurs verront immédiatement que le diplôme ou la formation a été faite en prison). Quand la prison se modernise, que les messages viennent par radio, que les portes s'ouvrent par télécommande et qu'il y a de moins en moins de relations avec les gardiens. Il y a aussi le fait que trois personnes sont incarcérées dans une cellule de 9 mètres carrés prévue pour un seul détenu, ce qui est intenable. Les improvisations sont dirigées par un participant qui a connu la prison ancienne version et la prison nouvelle version.


-  Les nouveaux emplois dans l'Education nationale : une participante de notre groupe a candidaté sur internet pour être enseignante. Elle est titulaire d'une licence. Un quart d'heure plus tard, elle était appelée par l'éducation nationale et envoyée comme vacataire dans un collège zep. N'ayant aucune formation et rencontrant de nombreuses difficultés, elle essaie de trouver de l'aide parmi l'équipe de l'établissement.


-  Les cours de latin en rattrapage : une enseignante donne des cours de rattrapage en latin à des étudiants en master qui sont en très grande difficulté en latin. 7 étudiants ne viennent pas régulièrement alors que leur niveau est au plus bas et l'enseignante découvre que la raison de leur absence est qu'ils donnent des cours de latin en lycée comme vacataires…L'improvisation est dirigée par la personne qui donne les cours de latin à l'université.

Le dimanche 18 décembre :
A/ Nous commençons par un travail sur la voix.

B/ Nous regardons ensemble toutes les séquences qui ont été crées hier et faisons des retours et remarques

Sur la scène de la poste :
Nous retenons que cette séquence est à conserver y compris avec ses effets d'humour (rappel du slogan : c'est pas marqué la poste)
Récits d'autres participants à intégrer :

-  la banque postale reçoit les gens sans qu'il y ait une cloison, l'autre jour j'étais là quand la dame de la banque postale faisait la morale à une personne qui avait fait un chèque en bois et quand je lui en ai fait la remarque elle m'a rétorqué qu'il avait qu'a payer. Par ailleurs un autre participant dit qu'il n'a jamais moins d'une heure d'attente quand il va à la banque postale.

-  La poste de chez moi passe des contrats avec des associations locales pour qu'elles forment les usagers en difficulté aux nouveaux fonctionnements dont les machines, les documents à compléter…

-  Une ami m'envoie en colissimo mon portable que j'avais oublié. Je reçois l'avis, je vais à la poste 4 jours plus tard soit dans les temps mais mon portable est déjà reparti chez mon amie qui elle aussi ne peut passer à la poste le jour même et manque de rater le colis qui était déjà en partance pour revenir chez moi.

-  Dans ma poste, avant les agents étaient assis derrière leurs guichets. Maintenant ils sont débout et nous accompagnent aux machines. La salariée m'a emmené à la machine en me disant à voix basse : je suis désolée, je suis obligée sinon je perds mon boulot.

-  j'ai envoyé de l'argent à l'étranger par western union et ai reçu quelques jours plus tard une lettre me disant que j'avais dorénavant un numéro à la Préfecture de police et que pour mon prochain envoi d'argent western union me ferait un geste commercial. Je ne savais pas que les envois d'argent étaient déclarés à la préfecture.

-  Ma poste est à coté de l'université. Depuis 2 ans elle est fermée tout le mois d'aout.
Remarques :

-  L'on fait attention à la manière dont on est reçus, au temps d'attente… mais on se pose rarement la question des conditions de travail des salariés.

-  Est-ce à la poste de remplir les documents pour les gens qui ne peuvent pas ?

-  Est ce parce que les salariés résistent qu'ils ont mis en place des clients mystère ? (il y en a aussi à la RATP, SNCF…)

Sur la mairie en restructuration :
Nous garderons et creuserons cette scène pour lui rajouter les éléments qui lui manquent de manière à pouvoir décrire le processus de fond en comble. Il manque par exemple de voir comment l'on a obtenu les départs des cadres, ce que les nouvelles organisations produisent sur les salariés de base (on a une première idée avec une séquence improvisée le premier week-end)

Sur la scène de la prison :
Rappeler que la France a été condamnée pour les conditions de détention qu'elle impose aux détenus. Rappeler que les droits des prisonniers qui travaillent en prison ne sont pas les mêmes que ceux du droit du travail général.
Parler aussi des conditions de travail de ceux qui travaillent en prison.
Parler des interventions extérieures en prison qui se raréfient..
Nous décidons de programmer une journée complete de février sur la question des prisons. Celia la préparera et invitera un conseiller de probation et d'autres personnes qui connaissent bien le sujet. Il nous semble en effet que notre travail doit parler de la psychiatrie et de la prison.

Sur la séquence éducation nationale :

-  Les stagiaires qui ont passé le concours et ont eu droit à 5 jours de formation sont dans les mêmes difficultés que la personne de notre histoire, surtout en ZEP puisque ils sont beaucoup a y être envoyés. Moi j'enseigne depuis 3 ans et j'ai les mêmes questions que l'héroïne de la scène, nous sommes super isolés sans temps de mutualisation avec les autres enseignants. Moi je partirai dès que possible.

-  - Un ami à moi a ainsi été envoyé dans un établissement pour faire des cours de géo. En arrivant dans la classe, il s'est aperçu que les enfants étaient tous anglais mais lui ne parle que très mal l'anglais. Personne ne l'avait averti.

-  Notre vacataire est payée pour ses heures de cours, pas pour la préparation, ni pour le livre qu'elle a du acheter sur lequel l'enseignante qu'elle remplace travaillait avec les élèves, ni pour les temps pendant lesquels elle va chercher à l'extérieur des formations.

-  Ne pas oublier de rappeler les publicités de l'éducation nationale disant nous recrutons 17000 enseignants…

C/ Après la pause déjeuner, nous écoutons et débattons avec Suzanne Rosenberg sur la question de l'intérêt général.

INTRODUCTION
On commencera ici par approcher la notion même de service public, à travers ses variations historiques.

Dans une seconde partie, on examinera les questions que pose la place du service public aujourd'hui.

Puis sera développée l'hypothèse selon laquelle les agents de terrain du service public pourraient être les acteurs essentiels d'un débat à instaurer entre l'Etat et la société.

1. LA NOTION DE SERVICE PUBLIC

1.1 - DU SUJET DU ROI AU SUJET DE DROIT A TRAVERS LES SERVICES PUBLICS DE L'ÉTAT-GENDARME

Au cours de l'ancien régime, la personnification de la France c'est le Roi. Le Roi est la personne publique ; le service du Roi devient progressivement le service de tous les sujets du Roi ou service public. Par exemple, le service postal c'est d'abord et avant tout pour fait pour le transport du courrier du Roi. Après l'organisation des relais de chevaux pour transporter le courrier de la cour et des gouverneurs, il apparaît logique de transporter aussi le courrier pour le peuple.

Pendant la révolution, la notion de citoyen remplace définitivement celle de sujet. Si le terme "service public" ne figure pas dans la déclaration des droits de l'homme, il y est stipulé que "tous les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique" (Article 14) et surtout que "la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration." (Article 15). La puissance publique se traduit, sur le plan juridique, par l'octroi à l'usager de garanties qui, non seulement le protègent, mais surtout lui donnent un droit de regard, une capacité d'emprise sur le fonctionnement de l'administration.

"L'usager apparaît ainsi, à la différence de l'assujetti, comme un "sujet de droits", capable de discuter avec l'administration et de la contraindre à offrir certaines prestations."

Mais il y a une recherche constante de la limitation de l'intervention de l'Etat pour protéger les libertés, jusqu'à la fin du XIXème siècle, où des transformations économiques, politiques et sociales rendent nécessaires un service public beaucoup plus étendu.

1.2 - DOCTRINE DU SERVICE PUBLIC ET ÉTAT DE DROIT

Pour des raisons économiques, d'abord, l'Etat se doit d'être plus interven-tionniste. En effet, l'industrialisation et la concentration des moyens de pro-duction exigent que l'Etat régule certains secteurs pour préserver les équilibres sociaux. Au plan politique, la construction d'un véritable État de droit est réclamée, qui limite la puissance étatique et la soumette au droit.

Une théorie du service public est élaborée, qui postule le droit comme la figure de la rationalité globale des sociétés et pose que la norme de l'homme c'est la solidarité sociale. Dans ce cadre, "le service public apparaît comme l'explication de la place du politique dans le social," (...) "réalisation de la solidarité sociale." Dans la théorie de DUGUIT , le système du service public est construit et fonctionne comme une machine à produire l'Etat légitime. En effet, le pouvoir du roi était de droit divin, mais qu'est-ce qui légitime le pouvoir de l'Etat ?

L'Etat ne possède plus une volonté supérieure par essence à celle des individus comme dans l'idée de puissance publique, mais il apparaît comme le lien qui unit les hommes en société. Son rôle est donc d'exprimer et d'intensifier cette solidarité sociale. "Le service public, destiné à fournir des prestations sociales, à rendre des services au public, devient l'ac-tivité essentielle de l'administration." Il y a alors substitution de la notion d'utilité publique, puis celle d'intérêt général, à celle de puissance publique.

1.3 - HÉGÉMONIE DU SERVICE PUBLIC ET ÉTAT-PROVIDENCE

A partir des années 50, le service public devient un soubassement de l'Etat. Son idéologie a influé sur la conception du pouvoir et de la déontologie administrative : les gouvernants comme les fonctionnaires veulent apparaître comme uniquement soucieux de satisfaire le mieux possible les aspirations du public.

Dans le même temps, la prospérité économique de l'Etat permet de pré-tendre à la réduction des inégalités sociales par le service public. D'où une extension de la sphère publique, dont témoignent à la fois les nationalisations et l'institutionnalisation de tous les compartiments de la sphère privée : c'est l'Etat-providence qui prend tout en charge.

Avec les années 60, il y a reconnaissance de l'existence des besoins et intérêts de groupes sociaux, disjoints de l'intérêt général.

1.4 - CRISE ET APPARITION DES SERVICES À ÉCONOMIE MIXTE

La crise économique actuelle et ses prolongements sociaux remettent en cause le "tout service public" du double point de vue de son efficacité économique et sociale.

Les partisans de l'Etat minimal s'appuient sur les faibles performances économiques des services publics pour en demander la réduction aux fonc-tions essentielles, celles qui n'entrent pas en concurrence avec l'initiative privée. Ils préconisent l'arrêt des fournitures de prestations et le redéploiement des fonctions de régulation et d'aide.

Dès 1983, le gouvernement à majorité socialiste abandonne le projet d'une gestion publique perçue comme seule capable de satisfaire le développement collectif. Le principe dominant devient celui d'une économie mixte fondée sur la coexistence durable du secteur privé et du secteur public.

Pour d'autres, c'est l'efficacité sociale des services publics qui est à remettre en cause. "Le service public a pour fonction essentielle de mettre les biens sociaux, culturels ou économiques qu'il propose à la portée de tous : il apparaît comme un agent de redistribution, qui doit contribuer par son fonc-tionnement à réduire l'ampleur des inégalités sociales ; son action s'adresse de manière préférentielle aux plus démunis, à ceux qui sont exclus des mé-canismes de répartition et de distribution résultant du marché. Or, l'égalité que font miroiter les services publics ne serait en réalité qu'une égalité de fa-çade, une fiction qui dissimulerait des inégalités réelles : le service public est aux prises avec des usagers socialement situés et les inégalités sociales et culturelles se traduisent par d'importantes disparités dans la fréquentation des équipements collectifs. Plus encore, la consommation des biens publics tendrait à amplifier ces inégalités et non à les réduire : fréquentés ou au contraire désertés par les catégories sociales privilégiées selon la nature et la qualité des prestations offertes, les services publics aboutiraient, par une spirale "diabolique", à creuser les écarts sociaux, en provoquant une "contre-redistribution sociale" (P. Bénéton)."

1.5 - SUPRA-NATIONALISATION ET DÉCENTRALISATION

Ce double procès du service public s'est trouvé renforcé par le double mou-vement d'abandon de certaines de ses prérogatives par l'Etat : décentralisation et "européanisation".

Soumis à l'économie mixte qui le privatise partiellement, à l'européanisation qui le déréglemente et à la décentralisation qui accentue pressions locales et inégalités, le service public ne répond plus aux principes fondamentaux qui le caractérisaient : continuité et adaptation aux usagers d'une part, égalité et neutralité d'autre part.

2. LES USAGERS DES SERVICES PUBLICS SONT-ILS ENCORE SUJETS DE DROITS ?

Les principes de continuité et d'égalité auxquels les services publics doivent obéir fondent l'Etat de droit et instituent les citoyens en sujets de droit. Or nous prétendons que, dans certaines zones du territoire, ces principes ne sont plus appliqués.

2.1 - DES PRINCIPES MIS EN CAUSE : CONTINUITÉ ET ÉGALITÉ
Parmi les exemples cités, nous privilégierons La Poste puisque celle-ci, "exploitant auto-nome de droit public ", "s'est fixée pour objectif de devenir un service public de référence avec des exigences de développement, de compétitivité, de res-ponsabilité sociale et de qualité de service." Autonomedans sa gestion de-puis le 1er janvier 1991, elle est contractuellement liée à l'Etat et se doit de remplir une mission de service public, ce qui en fait une "entreprise de ser-vice public".

Continuité

Le principe de continuité du service correspond à la nécessité d'éviter le désordre social : toute interruption du service signifierait que l'Etat est de-venu intermittent.

Sur ce thème, la Poste est un exemple particulièrement intéressant : les nombreuses fermetures de bureaux de poste ruraux et leurs conséquences sont bien connues. On a même rencontré un cas où le bureau a été main-tenu, parce que la condition posée par La Poste, que tous les habitants ou-vrent un compte chèque postal ou un livret de caisse d'épargne, avait été remplie ! Mais, dans certaines banlieues, la continuité du service postal est également prise en défaut : parce que des boites aux lettres sont manquantes, parce que des facteurs ont été attaqués, certains habitants sont privés de courrier ou de mandats. Et les projets de remplacement des bureaux non rentables par une batterie "d'automates" ne manquent pas. Or, dans aucun de ces cas, l'arrêt des prestations n'est fondé sur une plus grande satisfaction des usagers ou ne peut être justifié par une transformation de leurs de-mandes.

Pour ce qui concerne la Police, plusieurs rapports concordent avec les points de vue que nous avons recueilli localement. En 1982, le rapport Belorgey propose de "replacer l'action de la police sous le signe du service public". En 1992 , le rapport présenté par Julien DRAY à l'Assemblée Nationale rapporte que, "bien qu'il n'y ait apparemment pas de cités totalement et durablement interdites à la police, l'existence des zones de non-droit relatif que constituent les cités dans lesquelles la police ne pénètre que rarement et à condition d'être en nombre, provoque un sentiment d'amertume et d'incompréhen-sion chez de nombreux policiers ".
Ainsi donc, le service public chargé d'assurer l'ordre républicain est intermittent sur certaines portions du territoire !

Égalité

Le principe de l'égalité signifie que tous ceux qui sont en rapport avec le ser-vice doivent être placés dans une position égale face à celui-ci : aucune dis-crimination ou aucun avantage particuliers ne peuvent être institués.

Pour la Poste, l'égalité est mise à mal de manière croissante dans les "zones suburbaines". Il n'est respecté ni quant au bénéfice des prestations au public, ni quant à la rémunération de l'agent.

En effet, selon que la clientèle est composée d'une plus ou moins grande proportion de personnes en difficulté, les droits et obligations de celle-ci ne sont pas les mêmes : certaines opérations, qui sont permises dans tous les bureaux, sont interdites dans ceux des cités, ou alors soumises à des condi-tions spécifiques. Par exemple, un montant minimum de mouvement de fonds a été exigé dans certains quartiers, pour éviter que la même personne revienne tous les jours, voire plusieurs fois par jour, retirer ou déposer de petites sommes. De la même manière, pour éviter les fraudes, des docu-ments supplémentaires d'identité sont parfois exigés pour des paiements de "lettres-chèques" plus facilement falsifiables. Lorsqu'elles ne font pas partie de l'arsenal réglementaire de La Poste, ces mesures sont annoncées au public par des petits papiers écrits à la main, apposés sur les "vitres anti-franchis-sement"... Inégalité de traitement, donc, qui frise parfois l'illégalité.

Moins connue parce que plus difficilement repérable et quantifiable est la discrimination dont sont l'objet les agents travaillant dans les quartiers pauvres. D'abord, leur nombre par bureau est directement proportionnel au temps attribué pour chacune des opérations faites dans le bureau, selon un mode de calcul qui ne prend pas en compte la difficulté de compréhension du client. Ainsi, un retrait de liquide "à vue" est comptabilisé de la même manière que le client soit lettré ou non, de langue française ou non. Il est évident que ce mécanisme pénalise les agents travaillant dans les bureaux où dominent les populations en difficulté : ils doivent fournir plus de tra-vail... pour une rémunération moindre ! En effet, les primes de ces agents varient en fonction des produits financiers placés. Non négligeables dans leur montant, elles constituent réellement un complément de salaire. Les agents qui travaillent avec des populations dans le besoin sont alors forcé-ment pénalisés !

De telles inégalités, qui touchent également public et agents, se rencontrent pour de nombreux services publics. Nous avions déjà conclu, à propos du RMI : "Il apparaît utile de se poser la question de ce que signifie l'égalité de-vant la loi pour un droit qui, à quelques kilomètres de distance ou selon le professionnel rencontré, peut se traduire par des mises en application aussi dissemblables ".

On peut dès lors se demander si le "service public" ne serait pas en voie de disparition, au profit de services pour des publics. Nous allons tenter de répondre à cette question à travers l'examen d'une notion qui a fait florès au cours des années 80, celle de la discrimination positive.

2.2-UNE TENTATIVE DE CONTRE-FEU : LA DISCRIMINATION POSITIVE

Prônant l'inégalité de droit au profit de l'égalité de fait, la politique de développement social des quartiers a promu le principe d'une "discrimination positive".

Hubert DUBEDOUT, dans son rapport de 1981, qui a donné naissance à cette politique, proposait de mener des expé-rimentations, pour compenser la discrimination dont étaient victimes les po-pulations de certains quartiers populaires, notamment en matière de ser-vices offerts. Selon des procédures dérogatoires et avec des financements spécifiques, les services publics devaient tenter de mettre en oeuvre cette "discrimination positive", qui consiste à faire plus, mieux ou autrement pour atteindre le même résultat, à partir d'une situation de départ plus difficile.

Cette proposition active le principe de l'égalité devant le service public en revendication d'égalité par le service public. Égalité signifie ici équité, et non pas uniformité de la prestation, ainsi que le précise la Charte des ser-vices publics : "Le principe d'égalité d'accès et de traitement n'interdit pas de différencier les modes d'action du service public afin de lutter contre les inégalités économiques et sociales. Les réponses aux besoins peuvent être différenciées dans l'espace et dans le temps et doivent l'être en fonction de la diversité des situations des usagers."

Les bilans et évaluations de plus de 10 années de politique de la ville ont surtout mis en valeur "en creux" les échecs de cette politique de discrimination positive, en signalant l'immobilisme dont ont fait preuve un grand nombre de services publics.

Mais certains travaux ont montré qu'à travers la différenciation du service rendu selon les publics, c'est bien la légitimité d'un État unitaire, face à une société plurielle, qui est remise en cause.

En examinant "la justice et la police dans la politique de la ville ", l'équipe du CERPE14 s'est posé la question de savoir si ces politiques spécifiques de redéploiement spatial - îlotage et médiation notamment - relevaient de la mise en oeuvre d'une discrimination po-sitive. Son rapport démontre le contraire : il s'agit d'une transformation des missions traditionnelles de ces services publics. Dans le cas de la police, il apparaît que, dans les cités étudiées, le droit à la sécurité n'est plus assuré. Il est même avancé que, dans ces quartiers, la police a changé de mission : elle est passée d'une mission de maintien de l'ordre à une logique réactive de gestion du désordre. Plus généralement, dans ces quartiers, les services publics auraient une nouvelle fonc-tion, celle de "maintenance sociale" .

Christine DOURLENS et Pierre VIDAL-NAQUET présentent d'ailleurs ainsi les conclusions de leur travail : il y a déplacement de la légitimité du service public avec passage de l'intérêt général à la satisfaction de la demande des usagers.

Peut-on alors encore parler de police nationale ? N'assiste-t-on pas plutôt à la mise en place de réponses ponctuelles et locales, soumises à des individus et non plus à des politiques, répondant à des groupes de pression et non plus à une demande sociale ?

Si les demandes satisfaites correspondent à des groupes de pression dont la représentativité est plus ou moins contestable, celles qui ne le sont pas se transforment en particularismes qui remettent eux-mêmes en cause l'uni-cité de l'Etat. "Tout cela alimente un national-populisme réactif et réac-tionnaire, fermé, xénophobe et vaguement raciste. Ainsi est favorisée une dialectique des identités : à chaque affirmation identitaire du groupe majori-taire répondent d'autres affirmations identitaires, relevant de groupes mi-noritaires enfermés dans un particularisme qui n'est au départ que le fan-tasme du groupe dominant, et vice-versa"

Comment, dans ce cadre, le service public peut-il encore jouer son rôle de représentant de la légitimité de l'Etat ? Comment s'étonner qu'il apparaisse à beaucoup d'habitants des quartiers défavorisés comme normatif, punitif et discriminant ? Comment ne pas lire, dans la perte des repères et des règles qui touchent beaucoup des jeunes de ces cités, et la promotion de la violence comme mode d'expression, le contrecoup de leur disparition progressive comme sujets de droits ?

2 . 3 - LA TROISIÈME VOIE

Cette question de savoir si tous les usagers des services publics sont encore sujets de droits, et, partant, si l'Etat de droit existe toujours, se pose quotidiennement de manière beaucoup plus pragmatique qu'il ne peut paraître au premier abord. En effet, toute l'évolution que nous venons de retracer à grands traits, et qui se traduit par des changements concrets dans le service rendu, n'a pas donné lieu à débat véritablement public et démocratique, même si, formellement, les lois ont été évidemment discutées par le Parlement.

Pour la majorité des personnes vivant en France, les nouvelles compétences des différentes institutions, issues des lois de décentralisation et des traités européens, ne sont pas repérées. Pour elles, à travers les services pu-blics, c'est toujours l'Etat qui est représenté. Et si les services publics ne constituent plus l'interface entre l'Etat et la société, que sont-ils ? Corrélativement, par quels canaux passent aujourd'hui les rapports entre l'E-tat et la société ?

Dans le cadre de la Commission "État, administration et services publics de l'an 2000" pour la préparation du XIème Plan, deux scénarios sont éliminés pour l'évolution du rôle et de la position de l'Etat par rapport à la société :

- la réduction progressive de l'Etat à un rôle marginal, la société trou-vant elle-même les voies de son autorégulation et l'essentiel des compé-tences étatiques étant abandonnées, d'une part à l'Union européenne, d'autre part aux collectivités décentralisées ;

- la restauration d'un État tutélaire et centralisé, qui intervient massi-vement, à la fois dans les champs économique et social, quitte à récupérer tout ou partie de ses compétences transférées, tant à la Communauté euro-péenne qu'aux collectivités décentralisées.
La Commission s'est efforcée d'esquisser un troisième scénario, celui d'une nouvelle légitimité et d'un nouveau positionnement de l'Etat. "l'Etat ne saurait ni administrer l'économie, ni placer la société sous tutelle. Les défis de la compétition économique internationale et les menaces qui pèsent sur la cohésion sociale de la nation exigent cependant qu'il joue pleinement son rôle de régulateur de la vie économique et sociale et de fournisseur ou maître d'oeuvre des services publics."

3. POUR QUE LE LIEN ENTRE SERVICE PUBLIC ET INTÉRÊT GÉNÉRAL SOIT RETROUVÉ, IL FAUT ASSOCIER LES CITOYENS

Il apparaît clairement que toute tentative de "renouveau du service public " ne peut qu'être vouée à l'échec, si elle n'est pas précédée d'une redéfinition du rôle du service public, après qu'ait été mis en cause celui qu'il avait, d'interface entre un État unitaire et une société plurielle.

En reprenant la définition juridique du service public, on se trouve en face d'un mythe qui, lui-même renvoie à une fiction, l'intérêt général : "une ac-tivité devient un service public lorsque les pouvoirs publics décident de l'assumer pour donner satisfaction à un besoin dont ils estiment qu'il serait, sans cette prise en main, insatisfait ou insuffisamment satisfait " (A. De Laubadère) ; et cette activité n'est considérée comme étant d'"intérêt géné-ral" que parce que, et dans la seule mesure où, les pouvoirs publics en ont décidé ainsi."

Ainsi, tout comme l'hégémonie des services publics traduisait un moment des rapports entre l'Etat et la société, celui de l'Etat-providence, la crise des relations entre le public et les services publics ne révèle-t-elle pas la fin d'une fiction : celle d'une unanimité possible des citoyens autour d'un intérêt général national ? Quel est alors le contrat social entre les citoyens de notre nation (voir Rousseau) ?

L'intérêt général est une expression abstraite de l'unité nationale, constituée lors de la Révolution française qui se voulait universaliste. Pour préserver l'idée de la nation comme unicité, toutes ses composantes hétérogènes et leurs intérêts divergents ont été réunifiés autour de cette notion unanimiste. Il s'agit là de l'affirmation d'un idéal démocratique qui transcende les données concrètes. Or, c'est de cette construction théorique de l'intérêt général que découle la plus grande partie de la réglementation administrative française, notamment la conception du service public et ses principes de continuité et d'égalité.

Si cette conception de l'intérêt général pouvait encore faire recette pendant les trente glorieuses, malgré des intérêts de classe évidemment divergents, c'est qu'une certaine convergence pouvait exister autour d'un accroissement des richesses nationales : plus il y a à se partager, plus chacun a à y gagner, même si les perspectives de promotion ou de réussite sociales étaient faibles.

Aujourd'hui où l'existence d'une crise durable, d'une "croissance négative" ( !), est sans cesse répétée, où l'affirmation d'une société à deux voire à trois vitesses est passée dans le langage commun, un intérêt général autour duquel se retrouveraient tous les citoyens peut-il encore faire recette ? On est passé de la vision classique d'intérêt des populations à une appréhension opportuniste des besoins des individus.

"De la même façon que les salaires versés vont être dépensés pour acheter les biens marchands, le paiement de l'impôt vient, après que les services collectifs sont produits, exprimer l'accord de la population pour que soient assurées l'éducation, la protection sociale, la sécurité et la justice. (...) Mais la pérennité de la production de services collectifs se heurte à une contradiction que seul le débat démocratique peut aider à dépasser : la demande de services collectifs par la société n'est qu'implicite car il existe un écart entre le consentement collectif à leur existence et les réticences individuelles au paiement de l'impôt qui sont nourries à la fois par les profondes inégalités devant celui-ci et par la croyance, entretenue par l'idéologie libérale, que le paiement de l'impôt est contre-productif et spoliateur."

C'est pourquoi il est impératif d'associer les citoyens au choix et à l'organisation du fonctionnement des services publics.

Le bruit de la majorité silencieuse constitue une mine d'enseignements. "Pour les services publics, tout d'abord, ce que disent les usagers au cours des interactions peut être source d'amélioration des services rendus. Certes, la logique très managériale de la "qualité totale" a déjà largement intégré la relation client-fournisseur. Mais considérer les interactions comme ressources potentielles d'opportunités nouvelles, et non plus comme zone d'incertitudes, suppose deux choses : d'une part la reconnaissance du contact avec les usagers comme enjeu collectif, d'autre part la mise en place d'apprentissages collectifs susceptibles d'intégrer les expériences des interactions, devenues informations stratégiques, tout au long de la ligne hiérarchique."

D/ Enfin, nous écoutons la situation du 115 et nous répartissons en groupes d'improvisation :
Infos générales :
le 115 de paris à un budget de 90 millions par an. Les nuits d'hotel coutent de 16 à 18 euros par personne. L'hiver, du fait des appels médiatiques, il y a des déblocages de budget dans l'urgence. L'été il n'y en a pas et c'est là qu'il y a le moins de place.
Ce sont les assistantes sociales qui orientent les gens vers le 115.
Les agents du 115 doivent passer des contrats d'insertion sociale avec les accueillis.
Les improvisations :

-  La ronde des expulsions : dans une ville du 93, un groupe de roms manifeste devant la mairie parcequ'ils ont été expulsés. Leurs papiers sont enfermés dans le squatt dont ils ont été expulsés. Les militants demandent à la Mairie de l'aide. Le cadre municipal dit qu'il est solidaire mais ne peut rien faire, que c'est à l'état de faire et que l'état se désengage honteusement… qu'il faut appeler le 115. Les militants rappellent le 115 qui appelle un hôtel de la ville dans lequel sont restés des gens qui y ont été pris en charge par le 115 mais pour lesquels le 115 a dit stop à l'issue des trois jours d'hébergement. L'hôtel va demander leur expulsion et les Roms qui sont devant la mairie vont prendre leur place… les militants qui aident ceux qu'on expulse de l'hôtel sont des amis des militants qui aident les rom de la place de la mairie.

-  La formation : je suis inscrite par mon référent sur une formation « gérer les appels difficiles » alros que j'ai demandé une formation aux droits des étrangers, aux violences conjugales et que je ne veux pas aller à cette formation là. j'y vais quand même puisque c'est imposé. L'un des autres en formation explique qu'il y arrive très bien, qu'il traite 80 appels par jour et a mis au point sa technique pour aller plus vite : il ne dit pas bonjour, entre dans le dossier informatique tout de suite, ne pose que les questions nécessaires … et qu'il arrive à dissuader plus des deux tiers des gens (la dissuasion est bien notée car il y a les deux tiers des demandes qui ne sont pas honorées du fait du manque de place). Une autre dit que c'est bien et qu'il faut se plier aux règles car elle est en cdd et voudrait bien être gardée. Moi je dis que je n'arrive pas à travailler selon mes valeurs et que nous faisons de la violence et que mon problème est là, que j'ai entendu mon collègue dire à une femme avec enfants qui est dans la rue qu'elle n'a qu'à ne pas faire d'enfants et que cela me choque. La formatrice me demande alors ce que je trouve choquant dans cette phrase. J'abandonne et ne parle plus.

-  La ronde des appels : c'est l'été, il n'y a guère de places. La scène relate les appels en chaine aux agents, leurs demandes au référent, les non, la difficulté que certains ont a dire non, les blagues sur les gens qui appellent.

-  Une femme victime de violences conjugales doit quitter son domicile. Elle est dans le bureau de l'assistante sociale qui appelle le 115. L'agent du 115 a un formulaire à remplir qui oblige a des questions très intrusives qui forcent l'assistante sociale à rompre le secret professionnel. L'agent du 115 va ensuite proposer la situation à son référent qui décide si oui ou non on l'héberge. Ce sera non car c'est au CG de la loger dit le 115. Et comme l'agent a du mal a l'expliquer à la femme au téléphone le référent lui montre comment faire « c'est nada, il faut que je vous le dise en quelle langue ? Nada, niet non, No. Voilà c'est clair ? nada. C'est ça, au revoir ».

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-  Une famille Rom avec enfants en bas age est à la rue cet été. L'agent présente la situation au référent qui fait des blagues genre « ils vont bien trouver un ou deux porte feuille à piquer avant ce soir » (Comme le travail au 115 est dur pour els agents, il est de bon ton de faire de l'humour, de dédramatiser, de rire … )

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-  Une famille guinéenne est à l'hôtel depuis 2 ans (car crise des HLM si bien que les personnes qui devrient pouvoir y entrer n'y accèdent pas) Les papiers ont fini par être régularisés mais deux enfants sont handicapés et le dossier à la CAF traine parce que l'adresse officielle a été prise à paris alors que l'hotel est dans le 93. Je demande à mon référent d'appeler la caf pour faire débloquer mais il me dit que ce n'est pas mon rôle et qu'on n'est pas dans la toute puissance.

E/ Nous finissons par un bilan du week end en quelques mots lancés par les uns et les autres. Les mots parlent des situations terribles dont nous avons traité.


CR DES 14 et 15 janvier 2012

Samedi 14 janvier 2012

Exceptionnellement, la journée commence dès 9h pour 4 assistantes sociales et 4 comédiens afin de mettre en place une séquence sur le délitement du travail social. Nous commençons par des récits des situations vécues par les assistantes sociales, nous en choisissons un qui nous semble exemplaire et qui donne une séquence en plusieurs tableaux que nous improvisons. Il s'agit de la réorganisation d'une circonscription d'action sociale dans laquelle le nombre de gens demandant à être reçus est bien trop important et dans laquelle les délais pour avoir un rendez vous sont de plus d'un mois. Pour résoudre le problème une partie de l'équipe d'assistantes sociales va être spécialisée à l'accueil. Mais la réorganisation signe un pas de plus dans l'évolution du service social : il s'agit dorénavant de recevoir 30 personnes par jour, soit environ 10 minutes par personne. il s'agit de s'en tenir à la « demande explicite » de la personne, de considérer la personne comme un consommateur de service social qui fait une demande simple et à laquelle il s'agit de répondre par un dispositif existant. Il s'agit d'orienter le plus possible les personnes vers d'autres structures et d'en adresser le moins possible au service social d'accompagnement qui est trop surchargé. Notre improvisation relate la mise en place de cette nouvelle organisation, les conditions dans lesquelles elle se met en place et ce qu'il en advient pour les personnes qui sont ainsi reçues.
Pour note, la croyance dans les dispositifs s'émousse au contact de la réalité : le 115 ne répond pas à plus de 50% des demandes, la loi sur le droit au logement n'aboutit pas à l'obtention d'un logement, l'inscription à Pôle Emploi n'aboutit pas à un emploi…etc… )

Les autres participants arrivent comme d'Habitude à 13 heures. Nous sommes très nombreux aujourd'hui parce que nous recevons un groupe en formation sur la médiation culturelle avec Sylvie Rouxel au CNAM. 

A/ Nous commençons par un entraînement au travail de la voix avec Catherine : centrage, respiration, son, puis chant en chœur.

B/ Puis nous nous séparons en petits groupes : 5 groupes travaillent sur « comment arrive dans nos têtes l'idée que les services publics fonctionnement mal et fonctionneraient mieux s'ils étaient privés ». Ils rendront compte de leur travail en scène dans des situations d'improvisation :

-  Un groupe de voyageurs attend le métro qui n'arrive pas parce que les personnels se sont mis en grève après une agression. Ils discutent entre eux.

-  Un journal télévisé (interview de voyageur pris en otage par la grève sncf qui tente désespérément de se rendre à son travail, la perte du triple A par l'agence de notation amenant à la nécessité de la rigueur, du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, la présentation d'une étude qui dit que les congés maladie des enseignants ont augmenté, des paroles sur l'étaty de nos services publics… etc)

-  Un centre de soins dentaire de la Sécu où une femme essaie d'obtenir un rendez vous mais le rendez vous ne sera pas avant trois mois parce que la file d'attente est très très longue.

-  Les urgences de l'hôpital où le nombre de gens qui attendent dans le couloir est important, où la tension monte.

-  Un bar du commerce avec tous les poncifs

-  A la borne sncf, un voyageur montre à l'autre comment c'est tellement plus efficace de prendre son billet à la machine ou par internet, un train arreté en pleine voie avec des voyageurs qui se disent que si la SNCF était en concurrence, cela n'arriverait pas, un guichet de la banque postale où une personne attend que ses comptes soient transférés depuis 6 mois…

-  Un homme qui a des démarches à faire après son travail. Mais son rer a du retard et il arrive à la bibliothèque 5 minutes avant la fermeture et ne peut pas rendre ses livres car les ordinateurs ont été éteints. Il va a la poste et fait une heure de queue. De retour a son travail, le lendemain matin, il tarde a ouvrir la porte du centre social parce qu'il prend le temps de discuter avec une collège pour se plaindre des services publics. Dehors les gens qui attendent se plaignent aussi des fénéants du centre social qui boivent le café au lieu d'ouvrir…

-  Des gens qui attendent dans un service public et dans une autre réalité, des poncifs sur els services publics.

Nous retenons de cette série d'improvisations que les poncifs seront a utiliser avec les plus grandes précautions dans notre production car ils peuvent aussi bien être pris tels quels par les spectateurs.

C / Nous nous mettons en travail avec le groupe du CNAM. Certains sont issus de services publics, alors nous leur demandons de nous relater les situations qu'ils connaissent comme salariés et nous nous séparons en 5 groupes de mise en scène de récits : L'hôpital, la mission locale, l'eau et l'assainissement, le centre d'hébergement d'urgence, le service social pour les salariés d'une collectivité locale)

-  L'hôpital :

-  Une infirmière soigne une personne alitée qui a une plaie à la jambe. Elle propose de passer sur la jambe un nouvel appareil qui souffle de l'air et accélère la cicatrisation. La dame ne veut pas ; elle cesse et refait el pansement de manière classique. Dans le couloir, l'infirmière se fait reprendre par son responsable : l'appareil vient d'être acheté, il faut l'utiliser car il constitue un acte mieux rémunéré que le pansement classique.

-  Un médecin et un gestionnaire : le gestionnaire explique au médecin qu'il y a deux patients qui explosent les budgets car ils sont là depuis 4 semaines et que cela doit cesser car cela affecte la « durée moyenne de séjour » de l'hôpital. Il rappelle que l'hôpital est une entreprise. Le médecin explique que la patiente en question ne peut pas sortir car ses prises en charge administratives ne sont pals en place et que du coup elle ne peut avoir de soutien si elle rentre chez elle et qu'elle ne peut en aucun cas s'en sortir sans soutien. Le gestionnaire insiste. Le médecin va voir l'assistante sociale qui va appeler l'assistante sociale d'un autre hôpital qui a aussi un patient là depuis un mois et elles vont ensemble organiser un échange de patients (ainsi ils recommencent un nouveau séjour et cela casse la « durée moyenne de séjour »).

-  Une infirmière court pour arriver à dispenser les soins aux nombreux patients qui sont là. Une famille de patient arrive et demande à voir le médecin qu'ils n'arrivent pas à voir depuis trois semaines. L'infirmière va demander au médecin de les recevoir amis le médecin est en trains de remplir des formulaires et ne peut cesser. Il explique que cela permet les rentrées d'argent de l'hôpital et que c'est le plus important. L'infirmière va alors demander à l'assistantesocialede rencontrer cette famille mais l'assistante sociale refuse car elle n'a pas d'informations médicales à donner… L'infirmière va alors tenter de donner quelques éléments à la famille, stressée par le travail qu'elle ne fait pas pendant ce temps là. Elle craque : elle ne peut en même temps faire les soins de très nombreux patients et recevoir les familles à la place des médecins.

La mission locale

-  Une nouvelle conseillère parle avec une ancienne qui lui raconte l'époque plus facile où on avait plus de 20 minutes pour recevoir un jeune et où l'on avait plus d'emplois, de formations et de prestations culturelles à proposer.
-  Une responsable explique à une conseillère que leur mission locale a fusionné avec 5 autres missions locales et que des objectifs ont été fixés : recevoir 15 jeunes par jour, déboucher sur de l'emploi, de la formation, du CIVIS…
-  Une conseillère reçoit une jeune mais l'entretien est entrecoupé d'appels téléphoniques et les 20 minutes ne peuvent être dépassées car d'autres jeunes attendent d'être reçus.
-  Une conseillère fait son bilan de fin d'année avec sa responsable et ses résultats ne sont pas à la hauteur des objectifs : sur 315 jeunes elle a fait 925 entretiens qui ont débouché sur 124 emplois, 33 entrées en formation et 5 entrées en alternance. Les chiffres ainsi énoncés ont l'air bons puisque cela amène à 162 solutions trouvées. Ce n'est aps tout à fait la réalité car emploi comptabilise tous les emplois, qu'ils soient en temps réduit, qu'ils soient sur une journée… Mais même ces chiffres là ne correspondent pas aux objectifs fixés.

L'eau et l'assainissement

-  1/ Des gens vont voir le Maire car leur facture d'eau a augmenté et ils veulent des explications. Le maire ne peut les leur donner, il ne comprend pas non plus .
2/ va rencontrer la Lyonnaise des Eaux, Bouygues et la Générale des Eaux pour les mettre en concurrence. L'un propose 2,80€ le mètre cube mais offre une piscine, l'autre propose 2,85 € le M3 mais offre un aquaboulevard, un dernier propose 2,84€ le M3 avec un aquaboulevard et des abris bus. Ce dernier sera choisi.
3/ Les trois entreprises se mettent d'accord entre elles pour se partager le marché, l'une vient d'avoir celui-là mais la deuxième aura Colombes tandis que la troisième aura une autre ville… Les trois se partagent aussi le monde, L'une veut l'Amazonie, l'autre veut le Congo, la troisième prend l'Asie…Cela se passe et se passera au Forum de l'eau en mars à Marseille. 4/ Une manifestation crie « non à la privatisation de l'eau » et le Maire reçoit les manifestants dont la facture d'eau a encore augmenté. Le Maire finit par appeler la ville de Bezons pour être conseillé car Bezons a repris son eau en régie municipale.

Le centre d'hébergement d'urgence
1/ Le président annonce la loi sur le droit opposable au logement et s'engage à ce qu'a la fin de son mandat, plus personne ne dorme dans la rue.
2/ Un centre d'accueil d'urgence accompagne ses résidents pour qu'ils fassent leur demande d'application de la loi pour eux-mêmes. 3/ Une femme est reçue par un travailleur social du centre est dans la rue et sans papiers, elle ne pourra pas bénéficier du droit opposable. Elle appelle le 115 qui n'a pas de place pour elle.
4/ Un travailleur social explique à une personne que son dossier n'est pas passé pour le droit opposable au logement car ses ressources n'entrent pas dans les critères.
5/ Un demandeur a vu son dossier de droit opposable accepté et il est très heureux. Le travailleurs social appelle la préfecture qui répond qu'elle n'a pas de logement disponible et que oui cette personne est en droit d'avoir un logement mais qu'on n'est pas en mesure de le lui donner.

Le service social
Elle est assistante sociale au service santé et sécurité au travail dans une collectivité locale. Il y a deux assistantes sociales pour 8000 salariés. 1500 salariés viennent d'être intégrés dans sa collectivité locale : les personnels d'entretien des écoles. Beaucoup d'entre eux ont des soucis de santé et sont usés. L'assistante sociale et l'infirmière du service dédié au handicap travaillent ensemble pour faire des demandes de reconnaissance de handicap. Mais voilà, la collectivité à déjà sont quota de travailleurs handicapés et l'infirmière du service handicap se verra interdire de continuer à travailler avec l'assistante sociale afin de réduire les dossiers de demande de reconnaissance de handicap des agents nouvellement arrivés.

Le dimanche 15 janvier
C'est une journée particulière parce que l'après midi une partie d'entre nous jouent « le tribunal populaire des banques » devant une assemblée de 800 personnes réunies par Attac et Médiapart pour parler de dette et démocratie ; Alors ceux qui ne jouent pas viennent voir ceux qui jouent.

Le matin : Nous commençons par un jeu d'aveugle avec rotation des guides puis nous nous séparons en groupes de travail : 4 groupes travaillent à partir de situations recueillies par Philippe auprès de chefs de services durant son enquete journalistique sur la RGPP et un groupe continue sur la situation de salariés d'une ville sur laquelle nous avons déjà travaillé les we précédents

1/ La poursuite du travail sur la municipalité sur laquelle nous avons travaillé le wend précédent dans laquelle 75‰ des chefs de service ont été remplacée en trois années
Il s'agit de compléter notre travail de la dernière fois en lui intégrant de nouveaux éléments.
Ce matin nous mettons en scène les conditions dans lesquelles les transformations s'opèrent et notamment la mise en place d'un groupe de travail de salariés qui se voient confier la mission de faire des propositions pour améliorer l'accueil mais découvriront plus tard que le projet de transformation de l'accueil a déjà été établi et qu'ils sont censés en fait faire les propositions qui ont déjà été faites par leur hiérarchie.

2/ Les situations liées à la mise en place de la RGPP
Nous faisons des groupes d'improvisation reprenant les situations concrètes ci dessous :

A/ L'ex-secrétaire général d'une Direction départementale de l'Agriculture (DDA)
La fusion des DDA avec les DDE a été expérimentée dans le Lot, puis étendue à sept autres départements, enfin généralisée à tous les départements en deux vagues. Au 1er janvier 2010, toutes les Directions départementales de l'Équipement et de l'Agriculture devaient fusionner avec des services des préfecture pour devenir les Directions départementales des Territoires (DDT). Deux mois avant la création de la DDT, on annonce qu'il y a 40 postes en sureffectifs. « On nous dit qu'on peut avoir un sureffectif provisoire tout en nous demandant de nous débrouiller pour "redéployer" le personnel : c'est le double langage permanent. » Pour trouver 40 emplois à supprimer, on va commencer par ne pas renouveler les postes de contractuels. Puis on va jouer avec la loi sur la mobilité dans la fonction publique : si un fonctionnaire refuse trois propositions conformes à son grade, il est « mis en disponibilité » (on arrête de le payer, mais il n'a pas droit au chômage). Il y aura sans doute aussi quelques ouvertures de postes, mais « dès qu'un poste est annoncé, on reçoit des coups de fil d'agents de France Télécom ! »
Lors de la fusion, lui-même a perdu son poste de secrétaire général au profit de son homologue à la DDT. Il a senti que le nouveau Directeur lui en veut de s'être présenté aux municipales sur une liste de gauche. Il a été nommé responsable du personnel, une fonction où il « prend la place d'une collègue qui faisait parfaitement son boulot ! »

B. Le responsable de l'« ingénierie d'appui territorial » à la DDA
(45 ans, depuis sept ans à la DDA)
L'ingénierie d'appui territorial consiste à aider les petites communes qui n'ont pas de services techniques et ne savent pas rédiger les cahiers des charges pour trouver des prestataires dans les domaines de l'eau et de l'assainissement. Depuis quelques années, les agents ont compris que ce service n'était plus une priorité : en vingt ans, les effectifs ont fondu de 35 à une quinzaine d'agents. Au début, ils ne se sont pas sentis menacés par la fusion avec les DDE : « C'était la seule mission commune aux deux. On ne pensait pas que c'était celle-là qu'ils allaient supprimer ! » Et puis, ils se sentaient portés par l'importance prise par les questions d'eau : « Le Grenelle de l'Environnement nous a fait rêver. On nous a expliqué qu'il y aurait plein de nouveaux métiers pour nous ! »
En mai 2008, à peine le service commun entre DDE et DDA créé, on leur annonce sa fin prochaine. Motif invoqué : ils font concurrence au privé. Et la volonté du gouvernement consiste à « pousser à les communes à se regrouper en communautés pour s'adresser à des bureaux d'études privés. » A partir de là, tout va très vite : « On nous demande de ne plus prendre de nouvelles commandes ». Sur le site Internet, il n'y a plus un mot sur cette mission d'ingénierie. Fin 2011, toutes les opérations en cours devaient être soldées. Par exemple, des agents s'étaient investis dans un schéma de sécurisation de l'alimentation en eau potable, et ils ont dû arrêter la démarche avant qu'elle ne soit finie. D'autres étaient prêts à se former pour aider à reprendre la distribution en régie municipale. « Ils croyaient en leur métier et ne comptaient pas leurs heures. Il y a des communes avec lesquelles on travaillait depuis trente ans. Les maires se sentent abandonnés. » Certains agents vont sans doute frapper à la porte du privé, mais les autres ? Au total, il y avait une cinquantaine d'agents à recaser.

C. Le chef-adjoint de la brigade financière de la Police nationale
(47 ans, dans la police depuis 16 ans)
Depuis deux ans, le budgets de la brigade financière ne cessent de baisser (- 15 % chaque année). Ils ne sont plus que cinq au lieu de dix il y a quatre ans. Les déplacements se font rares. « Les freins sont budgétaires : notre direction fait pression pour qu'on parte le moins souvent possible. » Et les jeunes policiers ne sont pas formés sur le plan financier. « Un gardien de la paix qui a passé toute sa carrière à un carrefour, je vois pas bien quelles enquêtes je peux lui confier ! » La formation interne ? Il suffit de trois stages de deux semaines pour avoir son brevet d'enquêteur financier.
On leur demande de plus en plus de satisfaire à des indicateurs de résultats : le nombre de faits constatés, de faits élucidés et, pour la police judiciaire, le nombre de gardes à vue, de personnes placées en mandat de dépôt, de personnes présentées à un magistrat… « La garde à vue, ça doit rester une exception, à notre liberté d'appréciation. Si la personne reconnaît les faits, elle n'est pas justifiée. » Pour avoir la paix de la part de sa hiérarchie, chacun tend à aller au plus facile, donc à travailler sur de petits dossiers où on va atteindre plus vite des résultats que sur des affaires lourdes et complexes. « J'ai des dossiers de détournements avec plusieurs milliers d'euros en jeu. Mais si le PDG est à l'autre bout de la France, j'aurais du mal à aller le chercher. Et il y a peu de chances qu'un Juge de la détention et des libertés le place en préventive. » La plus lourde condamnation dans une affaire de détournement de fonds, c'est trois ans de prison dont deux fermes. Résultat : « On a des chefs de plus en plus préoccupés par le court terme : on a même eu comme directeur un "killer" qui a fait exploser les chiffres en deux ans puis est parti à la faveur d'une promotion. » « Si on avait plus de temps, on ferait des enquêtes de notre propre initiative. Par exemple, surveiller le bâtiment, où on sait qu'ils ne respectent pas grand chose ».

D. Le directeur départemental des services vétérinaires (DDSV)
(48 ans, directeur départemental des services vétérinaires depuis trois ans
) Dans les dernières années, la DDSV a été indépendante, puis rattachée à la DDA, de nouveau autonome, enfin la RGPP l'a intégrée dans une « Direction départementale de protection des populations ». Il a connu la montée en force des indicateurs. « J'en ai 120 et la collecte n'est pas informatisée. Qu'est-ce que vous voulez piloter avec 120 compteurs à surveiller chaque mois ? »
A l'été 2008, dans une réunion en préfecture pour lancer la RGPP, on leur dit qu'ils sont les mieux placés pour dire ce qui doit être fait. Enthousiaste, il envoie une note au préfet avec des propositions. Après, le préfet du département s'adresse au préfet de région, qui transmet au niveau national. En février 2009, ça redescend à la base. Là il apprend que la DDSV va fusionner avec d'autres structures, notamment la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DDCCRF), pour former la Direction départementale de protection des populations. Un terme dont le gouvernement est très fier, mais qu'il juge « incompréhensible du public ». D'autant qu'on n'y trouve ni la sécurité civile, ni la sécurité routière, ni la sécurité environnementale !
Est alors lancé un appel à candidatures pour trouver le futur « préfigurateur », chargé de préparer la fusion. S'il travaille bien, il sera nommé directeur de la future structure par le Conseil des ministres. Un mois après avoir posé sa candidature, il apprend qu'on lui préfère son concurrent, juste arrivé à la tête de la Direction de la concurrence et des fraudes. Déçu, il s'efforce de rassurer ses services : « Je leur ai dit qu'il y aurait des économies d'échelle au niveau des chefs, mais que les agents continueraient grosso modo à faire le même travail ». Les services doivent fusionner au 1er janvier 2010, mais rien n'est prêt deux mois avant. Il n'y a aucun crédit pour que les différentes équipes déménagent dans un bâtiment commun, et même pour acheter un standard téléphonique commun. On lui annonce aussi qu'il va devoir fonctionner avec 10 % d'effectifs en moins. « Le postulat, c'est continuer à faire la même chose avec moins de monde. Mais on peut pas : la surveillance de l'expérimentation animale, par exemple, je peux plus le faire : j'ai plus personne pour ça ! »
l'après midi, dix d'entre nous jouent Le Tribunal populaire des banques pour 800 personnes réunies par Attac et Médiapart à Paris pour une journée sur dette et démocratie. Tous les autres viennent les voir : la question de la dette et de la crise bancaire fait aussi partie de notre sujet.

Le we des 11 et 12 février aura lieu à Aubervilliers avec une intervention sur le new public management, des récits d'un postier, d'un policier, d'un conseiller de probation (prison) et d'un psychiatre sur l'HP.


compte rendu des 11 et 12 février

A/ Nous commençons avec une intervenante qui vient de l'institut de recherche de la FSU et qui est prof. Elle nous raconte ce que donne le nouveau management public dans son lycée

Le nouveau management public est une invention anglaise des années 80 sous Mme Tatcher. Pour son application dans l'éducation, il faudra attendre Blair (87-97)
En France, le NPM est appliqué massivement depuis 2007. La règle c'est que quand on nous dit quelque chose, c'est le contraire qui va être fait. On nous dit qu'on va améliorer cela et en fait, il s'agit de le supprimer. Le NPM dit : décentralisation et rapprochement des gens, et en fait il s'agit d'une recentralisation.
Les principes du NPM : Coût , efficacité effiscience (un mariage entre coût et efficacité).
L'idée c'est faire des économies, casser le système basé sur la solidarité pour le remplacer par celui du privé : privilégier les résultats immédiats, management par la concurrence… etc
Cela se met en place avec des notions qui ont l'air à priori non critiquables mais s'avèrent très toxiques : le pilotage par objectif, l'évaluation des professeurs par les notes des élèves.
En parallèle, il y a de plus en plus recours aux CDD, au temps partiel… de manière à avoir des enseignants plus dociles. Et en 5 ans, le nombre de professeurs dans mon lycée est passé de 200 pour 1600 élèves à 130 pour 1300 élèves. Il y a donc une vraie diminution du nombre d'enseignants.
On ne fonctionne plus en fonction des fins d'un service public, on considère qu'il coûte et on refléchit sur comment diminuer son cout et augmenter son efficacité. La question qui reste c'est comment on définit l'efficacité et qui la définit dans quels buts.
Quand la carte scolaire a été supprimée, notre lycée a perdu 300 élèves. Cela institue un classement des établissements, une concentration des élèves aisés dans les « bons établissements » et une concentration des élèves en difficulté dans les autres.
Avec le NPM, les chefs d'établissement ne sont plus issus de la communauté éducative. Ils sont recrutés sur d'autres critères. Ils ne restent que 3 ou 4 ans dans un établissement et doivent avoir un plan de carrière et sont là pour améliorer le système. Ils sont recrutés pour leur accord avec les nouvelles règles de fonctionnement et auront un établissement plus coté à gérer s'ils atteignent leurs objectifs. Ils ne sont plus attachés à leur établissement et travaillent sur le court terme pour leur plan de carrière.
Les professeurs ne sont plus notés par un inspecteur par matière mais notés par le chef d'établissement. Ils sont ainsi mis en concurrence les uns avec les autres. La notion de salaire au mérite a fait son entrée. Par ailleurs, il y a aussi concurrence pour obtenir des heures de cours (une dizaine d'heures de cours par classe sont remplacée par l'aide personnalisée (cela se fait pour des classes entières, il ne s'agit pas de prendre individuellement des élèves). Les contenus de ces heures est décidé par le chef d'établissement qui peut décider que ce seront des maths ou du français… et les affectera a tels et tels enseignants.).
Chaque chef d'établissement a un contrat d'objectif qui doit grimper tous les ans. L'on doit ainsi diminuer chaque année le taux d'échec aux examens alors qu'on nous enlève 12 postes de profs par an.
L'on nous dit que nous aurons plus de moyens en fonction de nos résultats. Dans les faits, nous avons eu 100% de réussite au bac avec les STG et cela n'a pas empêché qu'on nous enlève une classe de STG sur les deux que nous avions.
L'évaluation telle qu'elle est pratiquée a pour but de faire peser le poids sur les individus et non au collectif (ce sont les élèves qui sont mauvais, ce sont leurs parents qui sont mauvais, c'est l'enseignant qui est mauvais)

B/ Le reste du week end sera organisé pour travailler en sous groupes avec des agents des services publics sur la prison, la poste, l'hôpital, la psychiatrie et la police. Nous improvisons différentes situations concrètes

Sur l'hôpital de Meaux

C'est l'histoire de la construction orchestrée d'une dette : des emprunts à toux variables et ou des placements toxiques, des audits très coûteux, un projet de construction d'un nouveau bâtiment qui est abandonné mais dont l'étude a couté quelques millions d'euros facturés par Bouygues, un hôpital dans lequel les médecins dépassent allègrement leur taux de consultations privées sans que personne ne dise rien. Et aujourd'hui c'est un hôpital qui n'a plus sa salle d'opération en fonctionnement qu'une nuit sur deux, ce sont des opérations de jour qui sont annulées au dernier moment faute d'infirmière disponible pour le bloc, c'est du matériel défectueux qui n'est pas remplacé , ce sont les personnels qui n'en peuvent plus parce que 400 postes ont été supprimés, c'est la désaffection des malades qui vont ailleurs, c'est la prévision de fermetures d'hôpitaux du département au profit de l'hôpital tout neuf construit à coté de Eurodisney. C'est Bouygues Dexia qui y ont gagné… C'est l'ami de l'un d'entre nous qui y est allé et qui s'est fait renvoyé chez lui au motif qu'il arrivait à marcher alors qu'il avait le genou cassé…
lire un article de Aurelien Bordet dans La vie des idées au sujet du NPM dans l'hôpital - 228.3 ko
lire un article de Aurelien Bordet dans La vie des idées au sujet du NPM dans l'hôpital
(PDF, 228.3 ko)

Sur la prison

-  Les conseillers de probation sont réunis par le chef de service qui vient de rencontrer le directeur régional et qui leur présente la nouvelle circulaire qui leur demande de faire un diagnostic à visée criminologique sur les détenus qu'ils reçoivent et de remplir la grille d'évaluation en classant les détenus dans les segments 1, 2, 3 ou 4. les conseillers de probation résistent mais ils devront en passer par là. Leur travail est en train de se transformer d'une circulaire à l'autre.

-  Un conseiller de probation reçoit des détenus, chacun avec une urgence (un billet de train à acheter pour une sortie demain, un appartement à trouver, un emploi à trouver pour un aménagement de la peine, un titre de séjour à demander… ). Mais son responsable arrive pour lui demander des statistiques pour le soir même car la préfecture veut le nombre de gens sortis sans hébergement depuis 6 mois. Les statistiques ou les urgences des détenus ? Les statistiques.

-  Un détenu qui essaie de tout faire pour se former, travailler… de manière à être en situation d'obtenir un aménagement de peine… Mais ils sont 5 dans une cellule prévue pour trois et, outre qu'il est difficile d'apprendre et de lire dans une cellule où les détenus s'énervent à force de promiscuité, quand il y a un incident, ce sont tous les détenus de la cellule qui sont considérés coupables. Il a trouvé un emploi, un logement, a fait une formation mais comme il y a eu trois incidents dans sa cellule, il n'aura pas d'aménagement de peine.

-   la visite des familles : c'est le circuit de devant la prison jusqu'au parloir, les fouilles, l'absence de mots, le silence, la douleur, la honte. C'est aussi que c'est une salariée sous traitée qui a répondu au téléphone à la famille et n'a pas donné les bons renseignements si bien que la famille a apporté des choses non réglementaires au détenu et se voit pour cela interdite de visite pendant plusieurs mois.

-  Sur la prison il faut aussi se référer aux séquences que nous avions improvisées précédemment sur la privatisation de la prison, sur l'augmentation du nombre de détenu, les catégories sociales des détenus, la question des peines plancher…

Sur la police :

-  Une situation ancienne : la lecture de la circulaire de Gaston Deferre sur le respect par le commissaire qui lit à ses 60 policiers et dit : Voilà, vous avez compris, maintenant il va falloir qu'on cire les pompes des bougnoules. (la majorité des policiers sont du coté de la repression et non de la préventionet des circulaires allant dans un autre sens sont très difficiles à faire appliquer, de même à l'époque de la police de proximité, beaucoup de policiers ne voulaient pas en faire et disaient avec mépris que c'est du travail social. Depuis, M. Sarkosy a enterré la police de proximité en punissant un flic qui faisait du foot avec les jeunes).

-  Une autre situation ancienne datant de 1970 : les policiers sont envoyés pour évacuer les ouvriers en grève de l'usine SKF. L'un deux jette son casque par terre et enjoint ses collègues de ne pas rentrer. Il sera sanctionné mais les policiers ce jour là n'ont pas délogé les grévistes.

-  La politique du chiffre : un policier se cache pour mettre le plus de PV possibles aux automobilistes. Un autre veut se montrer pour inciter les conducteurs à ralentir.

-  Un jeune policier voit un officier qui essaie de faire avouer un délit à un jeune le frapper puis comme le jeune vomit, lui fait manger son vomis. Le jeune policier n'ose rien dire.

-  -des policiers font des contrôles au faciès, l'un d'eux leur demande pourquoi ils sont là, qui les a envoyé et à qui cette pratique profite.

-  Un commissariat tot le matin. 7 policiers sont de fonction mais un est malade, un est envoyé en faction devant la préfecture, deux doivent garder un détenu a l'hôpital, un s'occupe des gardes à vue, un est le chef de poste. Résultat, il ne reste aucun policier pour assurer le service de police secours auprès de la population.

Sur la poste

-  Nous reprenons la séquence fait lors d'un we précédent et l'augmentons d'une séquence avec un nouveau facteur en CDD qui se voit confier une tournée, qui demande conseil à ses collègues car personne ne lui a expliqué clairement ses différentes missions et comment faire, c'est son chef qui ne sait même pas combien de temps dure son CDD car les ressources humaines ne le tiennent pas au courant. C'est des facteurs non remplacés dont les tournées échoient en supplément aux autres, c'est une partie du courrier qui ne sera pas distribué, c'est la demande de faire des contrats « bonjour facteur » (contre rémunération, la facteur passe trois fois par semaine faire signer un document pour vérifier que cela va), c'est la vente de timbres… Ce sont les avis de recommandés qui sont mis dans les boites sans sonner chez les gens parce que le temps imparti, c'est deux secondes par lettre et deux minutes par recommandé.


-  Retour au guichet : le rapport annule de performance n'est pas très bon. Il faut proposer des enveloppes prétimbrées au lieu des timbres, des colis tout faits, il ne faut pas remplir les formulaires des gens qui n'y arrivent pas, il faut vendre des téléphones portables, des cartes… C'est un recommandé venant de Lyon et reparti dans les trois jours avant que le destinataire n'ait eu le temps de venir le chercher, c'est des ratés concernant le relevé des boites aux lettres et la distribution du courrier. La consigne c'est : pour un timbre à 60centimes, la poste doit faire 3 euros de bénéfice.

Sur l'hôpital psychiatrique

-  Un directeur d'HP peut obtenir une prime de fin d'année de 10 000 euros s'il a réussi a tenir les objectifs de diminution des couts. Le budget alloué aux sorties de patients est divisé par deux, les matériaux de l'atelier de terre aussi… les personnels remplissent des tonnes de formulaires et de projets pour obtenir quelques rares moyens…

-  Une équipe résiste, continue à réflechir au sens de son travail . Un chef de service arrive avec un power point sur la notion d'accueil du malade et fait son speech à une équipe d'abord médusée mais qui va finir par dire stop pour poursuivre son travail.

-  Un CMP où les agents devraient entrer un code diagnostic pour toute nouvelle personne prise en charge mais où le chef de service montre à tous qu'il y a la case 99 dite autre diagnostic et que l'on peut la cocher pour tout le monde.

Nous finissons le week-end par une improvisation collective autour de la consigne : c'est l'utopie, celle de la révolution et ou de la commune et ou du conseil national de la résistance, ils pensent les fondements du service public

Voilà, notre dernier week end ouvert à tous. Nous allons maintenant entrer en phase d'écriture puis de mise en scène et répétitions. Rendez vous pour le spectacle de théâtre-forum le 2 juin 2012 à Montreuil.




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